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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203892

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203892

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantASTERIO - CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, Mme B, représentée par Me Muridi, demande au tribunal :

1°) de désigner un expert chargé de l'examiner avec les missions suivantes :

- dire si les arrêts de travail à compter du 7 décembre 2020 doivent être pris en charge au titre de :

* la rechute de l'accident de trajet du 13 février 2018 ;

* la rechute de l'accident de trajet du 13 février 2018 et des conditions de travail de blanchisseuse ;

* des conditions de travail de blanchisseuse uniquement.

- dire si les arrêts de travail depuis le 7 décembre 2020 relèvent de l'accident de service ou de la maladie professionnelle ;

- préciser si un changement de poste est nécessaire ;

- dire si une reprise peut être envisagée et dans quelles conditions ;

- dire si l'agent peut être consolidé et à quelle date ;

- dire si les soins post consolidation sont justifiés, leur durée et leur nature ;

2°) d'annuler la décision du 28 avril 2022 par laquelle le directeur du CHU Grenoble Alpes a estimé que l'évènement du 7 décembre 2020 ne caractérisait pas une rechute de l'accident de trajet du 13 février 2018 et que les arrêts du 7 décembre 2020 au 1er mai 2022 relevaient du congé de maladie ordinaire ;

3°) d'enjoindre au CHU dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard :

- à titre principal, de reconnaître la rechute du 7 décembre 2020 et les arrêts en résultant comme imputables à l'accident de trajet du 13 février 2018 et relevant de l'accident de service ;

- à titre subsidiaire, de reconnaître la rechute du 7 décembre 2020 et les arrêts en résultant comme imputables à l'accident de trajet du 13 février 2018, relevant de l'accident de service et de la maladie professionnelle ;

- à titre ultra-subsidiaire, de reconnaître les arrêts de travail à compter du 7 décembre 2020, comme imputables au service en raison des conditions de travail, au titre de la maladie professionnelle.

- de lui attribuer un congé pour invalidité temporaire imputable au service, à titre subsidiaire un congé de longue durée et à titre infiniment subsidiaire de longue maladie à compter du 7 décembre 2020 ;

- de maintenir son traitement intégral à compter du 7 décembre 2020, y compris les avantages familiaux, indemnités de résidence, primes et indemnités ;

- de reconstituer la carrière de Mme B pour la détermination des droits à l'avancement d'échelon et de grade ainsi que pour la constitution et la liquidation des droits à pension civile de retraite ;

4°) de mettre à la charge du CHU de Grenoble Alpes une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

5°) de mettre à la charge du CHU les entiers dépens.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- l'employeur en adhérant aux conclusions du docteur C aux termes desquelles sa symptomatologie actuelle est imputable au service, il ne pouvait pas prendre d'autre décision que d'attribuer à Mme B un CITIS pour les arrêts de travail du 7 décembre 2020 au 1er mai 2022 ; la décision est donc entachée de contradiction dans ses motifs et d'erreur de droit ;

- méconnaît l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 11 janvier 2023 et 15 janvier 2024, le CHU Grenoble Alpes, représenté par Me Bracq conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le CHU conteste les moyens invoqués.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2022.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Mme B et de Me Teston représentant le CHUGA.

Une note en délibéré présentée par Mme B a été enregistrée le 27 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent de blanchisserie employée par le CHU Grenoble Alpes, a été victime le 13 février 2018 d'un accident de trajet qui a été regardé comme consolidé au 4 mars 2020 et dont elle a conservé des séquelles à hauteur de 11% d'IPP. Le 7 décembre 2020, elle a ressenti une violente douleur rachidienne suite à un effort de traction réalisé sur son lieu de travail et a sollicité de ce fait la reconnaissance d'une rechute de l'accident du travail du 13 février 2018. Le comité médical a rendu le 17 mars 2022, un avis défavorable à la reconnaissance d'une telle rechute. Par la décision contestée du 28 avril 2022 le CHUGA a refusé de qualifier l'événement du 7 décembre 2020 de rechute de l'accident de trajet et a pris en compte des arrêts de travail du 7 décembre 2020 au 1er mai 2022 au titre du congé de maladie ordinaire.

Sur les conclusions à fins d'annulation et d'injonction :

2. La décision du 28 avril 2022 comporte les motifs de droit et de faits sur lesquels elle se fonde. Elle est par suite suffisamment motivée. En outre, la citation dans les visas de l'arrêté contesté d'un extrait des conclusions de l'expertise réalisée par le docteur C ne constitue pas en soi une contradiction de motifs.

3. Aux termes de l'article L.822-21 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à :/ 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 ; /2° Un accident de trajet tel qu'il est défini à l'article L. 822-19 ; / 3° Une maladie contractée en service telle qu'elle est définie à l'article L. 822-20. "

4. Aux termes de l'article L. 822-19 du même code : " Est reconnu imputable au service, lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit en apportent la preuve ou lorsque l'enquête permet à l'autorité administrative de disposer des éléments suffisants, l'accident de trajet dont est victime le fonctionnaire qui se produit sur le parcours habituel entre le lieu où s'accomplit son service et sa résidence ou son lieu de restauration et pendant la durée normale pour l'effectuer, sauf si un fait personnel du fonctionnaire ou toute autre circonstance particulière étrangère notamment aux nécessités de la vie courante est de nature à détacher l'accident du service. "

5. En premier lieu, l'imputabilité au service de la rechute d'un accident de trajet est subordonnée à la condition que l'affection mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions soit en lien direct avec cet accident de trajet.

6. En l'espèce, le docteur C, médecin agréé, qui a examiné Mme B le 20 mars 2021 à la demande du CHU dans le cadre de l'instruction de la demande formée par celle-ci, a considéré que le délai écoulé entre l'accident de trajet et la rechute alléguée était particulièrement long pour expliquer la persistance de la symptomatologie, que même s'il existe des séquelles mineures de l'accident, les symptômes actuels ne peuvent être mis en relation de façon directe et certaine avec celui-ci et que d'autres facteurs étrangers à celui-ci peuvent les expliquer et que dans ces conditions les faits constatés le 7 décembre 2020 ne constituent pas une rechute de l'accident de travail. Les pièces médicales versées au dossier par la requérante ne permettent pas de caractériser un lien direct entre l'évènement survenu le 7 décembre 2020 et l'accident de trajet survenu le 13 février 2018. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le centre hospitalier a refusé de prendre en charge les arrêts de travail postérieurs au 7 décembre 2020 au titre d'une rechute de l'accident de trajet.

7. En deuxième lieu, il n'appartenait pas au centre hospitalier qui n'était pas saisi sur ces fondements, de rechercher d'office si les arrêts de travail consécutifs à l'événement du 7 décembre 2020 étaient susceptibles d'être pris en charge au titre de l'accident du travail tel que défini à l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique (anciennement II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983) ou de la maladie imputable au service définie à l'article L. 822-20 du même code (anciennement IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983). De plus, les affirmations de l'expert et des médecins assurant le suivi de la requérante sur ces terrains ne lient par le centre hospitalier. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions sont inopérants.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la réalisation d'une expertise, que les conclusions à fins d'annulation présentées par Mme B sont rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fins d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les conclusions présentées par Mme B, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du CHUGA.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CHUGA au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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