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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203928

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203928

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2022, M. A, représenté par Me Blanc, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du 22 mars 2022 du préfet de l'Isère portant refus de renouvellement de sa carte de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de son dossier et de lui délivrer un récépissé de carte de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il est susceptible de faire l'objet, à tout instant, d'une mesure d'éloignement et qu'il rencontre des difficultés pour conserver son emploi dès lors qu'il ne peut justifier de son droit au séjour ;

- les moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse sont la violation des dispositions de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la violation des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la violation des dispositions de la décision n°1/180 du conseil d'association du 19 septembre 1980 entre la communauté économique européenne et la Turquie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 24 mars 2022 sous le numéro 2201810 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord instituant une association entre la Communauté économique européenne et la Turquie en date du 12 septembre 1963, approuvé et confirmé par la décision 64/732/CEE du Conseil du 23 décembre 1963 ;

- la décision n° 1/180 du 19 septembre 1980 adoptée par le conseil d'association institué par l'accord d'association entre la Communauté économique européenne et la Turquie ;

- la décision C-237/91 du 16 décembre 1992 de la Cour de justice des Communautés européennes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Wegner pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Zanon, greffière d'audience, M. Wegner a lu son rapport et constaté l'absence des parties ou de leurs représentants.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. En premier lieu, il est constant que M. A a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de conjoint de ressortissante française. Cette carte est arrivée à expiration le 21 janvier 2019 et le requérant a demandé un titre de séjour en qualité de salarié. Le préfet de l'Isère a implicitement refusé de délivrer ce titre de séjour à M. A, après l'avoir maintenu sous récépissés l'autorisant à travailler du 12 novembre 2019 au 30 avril 2021. En outre, le requérant a sollicité à plusieurs reprises les services de la préfecture sur sa demande de renouvellement de récépissé sans qu'une réponse lui ait été apportée. Enfin, M. A bénéficie d'un contrat à durée indéterminée en tant que carreleur et le refus opposé par le préfet fait obstacle à la poursuite de son contrat de travail, ce qui aura pour effet de le priver de ressources. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

6. Aux termes de l'article 6 de la décision du 19 septembre 1980 du conseil d'association institué par l'accord d'association conclu le 12 septembre 1963 entre la Communauté économique européenne et la République de Turquie : " 1. Sous réserve des dispositions de l'article 7 relatif au libre accès à l'emploi des membres de sa famille, le travailleur turc, appartenant au marché régulier de l'emploi d'un Etat membre : - a droit, dans cet Etat membre, après un an d'emploi régulier, au renouvellement de son permis de travail auprès du même employeur, s'il dispose d'un emploi ; () ". Il doit être reconnu, à tout ressortissant turc bénéficiant de plein droit du renouvellement de son autorisation de travail en application des stipulations précitées, un droit au séjour, à condition qu'il ait occupé un emploi de manière stable et non précaire, auprès du même employeur.

7. Il résulte de l'arrêt de la Cour de justice des Communautés européennes du 16 décembre 1992 susvisé, que l'article 6 premier paragraphe, premier tiret, de la décision n°1/180 susvisée, qui a un effet direct en droit interne, doit être interprété en ce sens que, d'une part, un ressortissant turc qui a obtenu un permis de séjour sur le territoire d'un Etat membre pour y épouser une ressortissante de cet Etat membre et y a travaillé depuis plus d'un an auprès du même employeur sous le couvert d'un permis de travail valide a droit au renouvellement de son permis de travail en vertu de cette disposition, même si, au moment où il est statué sur la demande de renouvellement, son mariage a été dissous et que, d'autre part, un travailleur turc qui remplit les conditions de l'article 6, premier paragraphe, premier tiret, de la décision susmentionnée peut obtenir, outre la prorogation du permis de travail, celle du permis de séjour, le droit de séjour étant indispensable à l'accès et à l'exercice d'une activité salariée.

8. M. A soutient avoir sollicité, le 12 novembre 2019, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Il résulte de l'attestation de son employeur du 1er février 2021 qu'il a travaillé en contrat à durée indéterminée, sous couvert d'un titre de séjour l'y autorisant, en tant que carreleur du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2021 auprès du même employeur puis, à compter du 5 février 2021, auprès d'un autre employeur. À la date de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, M. A occupait un emploi régulier depuis plus d'un an. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 premier paragraphe, premier tiret de la décision du 19 septembre 1980 du conseil d'association précité est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 22 mars 2022 du préfet de l'Isère portant refus de renouvellement de la carte de séjour de M. A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la situation du requérant dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu, en particulier, du caractère provisoire des mesures ordonnées par le juge des référés, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A à ce titre.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite du 22 mars 2022 du préfet de l'Isère portant refus de renouvellement de sa carte de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation administrative de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Blanc et au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 12 juillet 2022.

Le juge des référés,La greffière,

S. WegnerA. Zanon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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