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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203937

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203937

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL ABOUDAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2022 et des mémoires complémentaires enregistrés le 29 juin et le 18 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Aboudahab, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 20 mai 2022 clôturant la demande d'autorisation de travail déposée par l'entreprise Dà son profit, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de poursuivre l'instruction de son dossier, et de statuer dans un délai de 15 jours maximum par jour de retard, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que son employeur l'a informé de l'impossibilité de maintenir son offre au-delà du 22 juillet 2022 et que la situation créée par ce refus est discriminatoire ;

- les moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision sont l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'absence de signature de la décision en litige, le défaut d'examen personnalisé de sa situation, la discrimination entre salarié et l'erreur de droit, la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 juin 2022 sous le numéro 2203936 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- vu le code du travail,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Barnier, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de Me Aboudahab pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.

3. M. C B, de nationalité marocaine, est titulaire d'une carte de résident longue durée UE en cours de validité accordée par les autorités italiennes. Il s'est vu délivrer un récépissé de premier titre de séjour en qualité de salarié le 6 mai 2022 par le préfet de l'Isère. La société D, qui souhaitait l'embaucher, a été informée le 20 mai 2022 que sa demande d'autorisation était refusée au motif que le récépissé produit à l'appui de sa demande n'était pas suffisant au regard des dispositions de l'article R. 5221-14 du code du travail aux termes desquelles est exigée la présentation d'un titre de séjour, et non celle d'un simple récépissé. Par un courrier en date du 20 juin 2022, la société Da informé le requérant que sa proposition d'emploi ne serait pas maintenue au-delà du 22 juillet 2022.

4. Pour justifier de l'urgence, le requérant se prévaut de l'expiration prochaine de sa promesse d'embauche, de l'impact du refus sur sa situation patrimoniale ainsi que du caractère discriminatoire de la décision, dès lors que la même société aurait été autorisée à procéder au recrutement d'une personne se trouvant dans une situation administrative identique à la sienne.

5. D'une part, cette dernière circonstance, qui ne ressort au demeurant pas des pièces versées au dossier, n'est pas de nature à justifier une situation d'urgence.

6. D'autre part, M. B soutient que son employeur a effectué sa demande en se prévalant des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si ces dispositions qui permettent notamment la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention "salarié" () au titulaire de la carte de résident de longue durée - UE, c'est à la condition que l'intéressé en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France. Tel n'est pas le cas de M. B dont le récépissé mentionne qu'il est entré en France le 6 décembre 2018.

7. Enfin, M. B ne justifie aucunement de ses conditions de séjour et d'emploi en France depuis 2018. Il n'est pas soutenu qu'il était employé régulièrement par la société D. Par suite, la décision en litige n'a pas pour effet de faire obstacle à la poursuite d'un contrat de travail, ni de modifier sa situation patrimoniale, ni de rompre son droit au séjour.

8. Il en résulte que la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas satisfaite et que la requête doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions de M. B. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'admettre M. B à l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B n'est pas admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au ministre de l'intérieur et à Me Aboudahab.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 18 juillet 2022.

Le juge des référés, La greffière,

D. A V. Barnier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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