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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203990

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203990

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 juin 2022 et le 23 septembre 2022 (ce dernier n'ayant pas été communiqué), M. G A C, représenté par Me Besson demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-122 en date du 31 mai 2022 par lequel le Préfet de

la Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A C soutient que :

La décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture d'instruction a été reportée au 13 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

Considérant ce qui suit :

1. M. G A C, ressortissant centrafricain, né le 22 février 1994, déclare être entré en France le 10 juillet 2013. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 5 juillet 2016 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 février 2017. Par un arrêté du 20 juin 2017, dont la légalité a été confirmée par le Tribunal administratif de Caen le 25 août 2017, le préfet du Calvados a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit. Par la suite, l'intéressé a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions L. 423-23 et à titre subsidiaire dans le cadre des dispositions L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 5 août 2021. Par l'arrêté attaqué du 31 mai 2022, le préfet de la Savoie a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'incompétence du signataire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, directrice de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de la Savoie, titulaire d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté du 25 février 2022, publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./ Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. M. A C reproche au préfet de la Savoie d'avoir commis plusieurs erreurs de fait et une erreur manifeste d'appréciation en mentionnant à tort qu'il n'est pas intégré dans la société française et qu'il ne peut bénéficier des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour avoir été condamné par jugement du Tribunal Correctionnel d'Evry du 4 juillet 2014 pour des faits d'agression sexuelle imposée à un mineur de 15 ans à une peine de 4 ans d'emprisonnement dont un an avec sursis assortie d'une interdiction de séjour en Ile de France pour une durée de 5 ans et pour avoir indiqué qu'il était en situation irrégulière sur le territoire français pendant ses années d'étude. Toutefois, si M. A C se prévaut d'un séjour de près de neuf ans, il est entré en France à l'âge de 19 ans, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises à entrées multiples valable 45 jours, ne lui donnant pas vocation à s'installer durablement en France. De même, si le requérant a poursuivi des études supérieures en mathématiques avec de très bons résultats, il a entamé ces études en situation irrégulière et ces dernières, en tout état de cause, ne lui ouvraient aucun droit au séjour. En outre, le 20 juin 2017, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, confirmée par la juridiction compétente, à laquelle il n'a pas déféré, ce qui ne démontre pas une bonne intégration en France. Enfin, si l'intéressé se prévaut de sa relation avec Mme B, ressortissante française avec laquelle il a conclu un PACS le 5 août 2021, cette relation est récente. Par ailleurs, la conclusion d'un pacte civil de solidarité par un ressortissant étranger avec un ressortissant français n'emporte pas la délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire. Dans ces circonstances, à supposer même, ainsi que le soutient M. A C, que le préfet de la Savoie se soit fondé à tort, pour apprécier la condition d'intégration, sur des faits de viol, qui sont anciens, alors que pendant sa période de détention, il a fait preuve d'une conduite exemplaire et qu'il a eu un parcours scolaire tout aussi exemplaire, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Savoie aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur les autres motifs précédemment examinés. Ces éléments ne caractérisent pas l'existence d'un motif exceptionnel ou humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile. Par suite, M. A C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie aurait entaché sa décision d'erreurs de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 435-1 précité, en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

5. D'autres part, si le requérant se prévaut d'être particulièrement bien inséré puisqu'il a notamment œuvré en tant que bénévole auprès des Restos du Cœur ou dans le cadre de programmes de soutien scolaire, produit un contrat de travail à durée indéterminée en indiquant que son entreprise n'attend que sa régularisation pour qu'il puisse reprendre le plus rapidement possible le poste qu'il occupait et qui est actuellement suspendu du fait du refus de séjour, ces éléments ne sont pas de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels ouvrant droit à l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas aux ressortissants étrangers le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer leur vie privée et familiale.

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 4, les motifs de la décision attaquée selon lesquels il était en situation irrégulière sur le territoire français pendant ses années d'étude et n'a pas fait preuve d'une bonne intégration, n'étaient pas erronés en fait. En outre, si le requérant se prévaut de ses deux ans de vie commune avec sa compagne de nationalité française, des circonstances qu'il n'a plus aucun membre de sa famille dans son pays d'origine puisque ses parents sont décédés et qu'il justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée, il ressort des pièces du dossier que ce dernier a précisé lors de son audition du 3 décembre 2015 par les services de police, que toute sa famille résidait à Bangui (Centrafrique) et ce, alors même que ses parents étaient décédés depuis 2014. Il n'établit dès lors pas être démuni d'attaches personnelles et familiales en Centrafrique. Son frère, résidant en France, se trouve dans la même situation administrative que la sienne, sa demande d'asile ayant été rejetée par décision de l'OFPRA du 8 octobre 2020 confirmée par décision de la CNDA le 27 juillet 2021. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française le 5 août 2021, cette relation est récente à la date de la décision attaquée. Ainsi, M. A C ne saurait être regardé comme ayant sur le territoire français une vie privée et familiale ancrée dans la durée, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la durée et des conditions de séjour en France. Dans ces conditions, le préfet de la Savoie n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A C.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Besson et à la Préfecture de la Savoie .

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président-rapporteur,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

C. F

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

I. FRAPOLLI Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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