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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203997

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203997

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2022, M. A, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " étudiant " sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, sous les mêmes conditions d'astreinte, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 1 200 euros à verser à son conseil.

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations des articles 6-5 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît le préambule et l'article 2 de la Charte de l'environnement ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fourcade,

- et les observations de Me Marcel, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 5 février 1996, est entré en France le 27 août 2018 pour y poursuivre ses études. Il s'est vu délivrer deux titres de séjour portant la mention " étudiant-élève " entre le 14 novembre 2018 et le 13 novembre 2020. Le 16 novembre 2020, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Il a complété sa demande le 9 mars 2022 en présentant une demande au titre de sa vie privée et familiale. Par l'arrêté contesté du 2 mai 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. La décision attaquée mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. A et les considérations de droit sur lesquels elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des exigences de motivation, codifiées à l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté.

3. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit, d'une manière complète, les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Dès lors, le préfet de l'Isère ne pouvait fonder son refus de renouvellement de titre de séjour étudiant sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. La substitution de base légale ainsi opérée relève de l'office du juge.

5. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " (). "

6. Entré en France en 2018, M. B s'est inscrit en L2 Informatique à l'université Grenoble Alpes au titre de l'année scolaire 2018-2019. Ayant été ajourné, il s'est à nouveau inscrit au sein de cette formation pour l'année 2019-2020 qu'il n'a pas validée. Il s'est inscrit une troisième fois au titre de l'année 2020-2021, puis une quatrième fois au titre de l'année 2021-2022 sans succès. M. B fait valoir que pour financer ses études il réalise des livraisons de repas à domicile à vélo, que le confinement a été très difficile à vivre et qu'il est suivi psychologiquement. Toutefois, les certificats médicaux peu circonstanciés ne permettent pas d'établir que son état de santé était incomptable avec la poursuite de ces études. Les relevés de notes produits par le préfet au titre de l'année 2019-2020, qui était sa deuxième année dans le même cursus, font état de résultats extrêmement faibles. Le requérant, qui ne produit aucun autre relevé de notes, ne démontre aucune progression au cours des années suivantes. La circonstance, postérieure à la date de l'arrêté attaqué, que le requérant se soit inscrit dans une formation en alternance " Chef de projet digital parcours responsable de la stratégie marketing et du développement omnicanal " du 12 septembre 2022 au 22 septembre 2023 est sans incidence sur sa légalité. Il résulte ce qui précède que le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le sérieux et la progression des études faisaient défaut.

7. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). ".

8. M. A qui a épousé une compatriote titulaire d'un titre de séjour le 9 avril 2021 entre dans la catégorie des étrangers susceptibles de bénéficier d'un regroupement familial. Dès lors il ne peut utilement se prévaloir des stipulations du 5e alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Si M. A fait valoir la présence et l'intégration de son épouse en France, le mariage est récent. Si l'épouse du requérant fait état d'un traumatisme après voit été victime d'un vol en réunion subi dans le Val d'Oise en 2018, il ne ressort pas de pièces du dossier que son état de santé rende indispensable la présence de son époux à ses côtés. Les circonstances invoquées par le requérant, tenant d'une part à la grossesse de son épouse connue le 1er aout 2022 et d'autre part, à ce qu'une demande de regroupement familial enregistrée le 14 juin 2022 soit en cours d'instruction, toutes deux postérieures à la date de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur sa légalité. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressé. Pour les mêmes motifs, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de la contestation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qui reprennent les mêmes arguments que ceux développés à l'encontre de la décision de refus de séjour, ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus.

13. Aux termes du préambule de la Charte de l'environnement " la préservation de l'environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la nation ". L'article 2 de la même charte prévoit que : " Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l'environnement ". Ces dispositions, de valeur constitutionnelle, ne s'imposent à l'autorité administrative que dans les conditions définies par la loi. Or aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni aucune autre disposition législative n'a prévu que le respect de l'environnement fasse obstacle à l'éloignement d'un étranger en situation irrégulière.

En ce qui concerne le pays de destination :

14. La décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire n'étant pas illégales, le moyen tiré par l'intéressé de ce que l'illégalité de ces décisions priverait la fixation du pays de destination de base légale ne peut qu'être écarté.

15. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qui reprennent les mêmes arguments que ceux développés à l'encontre de la décision de refus de séjour, ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

17. Les conclusions de M. A, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

F. Fourcade

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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