mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203998 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2022, M. A B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et a prononcé une interdiction de retour d'une année ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de
réexaminer sa demande de titre de séjour et dans l'attente lui délivrer un récépissé de
demande de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A B soutient que :
L'arrêté n'est pas motivé ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- le préfet a méconnu sa compétence ;
- il a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée de disproportion et d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Huard, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 1er septembre 1996, de nationalité arménienne, déclare être entré en France le 20 octobre 2014. Suite au rejet de sa demande d'asile par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 16 septembre 2015, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 13 avril 2016, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la destination d'éloignement en cas de non-respect de ce délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. La légalité de ces mesures a été confirmée tant par le Tribunal administratif de Grenoble le 6 février 2017 que par la Cour administrative d'appel le 28 août 2017. L'intéressé a, le 19 juin 2018, sollicité sa régularisation, à titre principal, en sollicitant un titre de séjour " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, en sollicitant un titre de séjour humanitaire et exceptionnel. Il a actualisé son dossier par un courrier du 12 décembre 2019 puis, par courrier de juillet 2021. Par la décision attaquée du 17 mai 2022, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et a prononcé une interdiction de retour d'une année.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble
2. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. A B et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à la vie privée du requérant ne constitue pas un défaut de motivation. Ainsi, il satisfait à l'obligation de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ressort de la rédaction de la décision attaquée, que, contrairement à ce que soutient le requérant, ses demandes de délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1, et de de l'article L. 313-11 7° du même code, devenu l'article L. 423-23 ont, toutes les deux, été examinées et ont fait l'objet d'un examen particulier.
3. Aux termes de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, dans un premier temps, de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou est justifiée au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels en ce sens, d'envisager la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, où le demandeur justifie d'une promesse d'embauche, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de la situation personnelle de l'intéressé, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
5. Par ailleurs, aux termes de l'article L.5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. () ". Aux termes de son article R. 5221-1 : " I. Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1o Étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; 2o Étranger ressortissant d'un État membre de l'Union européenne pendant la période d'application des mesures transitoires relatives à la libre circulation des travailleurs. II. La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. Toutefois, dans le cas où elle concerne un salarié détaché temporairement par une entreprise non établie en France, elle est faite par le donneur d'ordre établi en France, dans les cas prévus aux 1o et 2o de l'article L. 1262-1, ou par l'entreprise utilisatrice dans le cas prévu à l'article L. 1262-2. La demande peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur ou de l'entreprise. Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail.". Aux termes de son article R. 5221-15 : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. ". Aux termes de son article R. 5221-17 : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ".
6. Le requérant soutient qu'en application des dispositions précitées des articles R. 5221-15 et 17 du code du travail, il appartenait au seul préfet, saisi par un étranger résidant en France d'une demande de délivrance d'un titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mention salarié, accompagnée, comme en l'espèce, d'une demande d'autorisation de travail dûment complétée et signée par son futur employeur, de statuer sur cette double demande. Selon lui, s'il était loisible au préfet de donner délégation de signature au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) en matière de délivrance des autorisations de travail des ressortissants étrangers et ainsi de charger cette administration plutôt que ses propres services de l'instruction de telles demandes, il ne pouvait, sans méconnaître l'étendue de sa propre compétence opposer à l'intéressé un défaut d'autorisation de travail. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'absence de présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes ne fait pas partie des motifs qui fondent le refus du préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1, mais constitue celui fondant le refus de lui délivrer le titre de séjour en tant que salarié prévu par les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa situation ayant été spontanément examinée par le préfet sur ce terrain s'agissant de l'emploi au sein de la Sarl Affair's. Le refus d'un titre de séjour en tant que salarié au titre de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas contesté par le requérant. Par ailleurs, la demande présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 435-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas à être instruite selon les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail. Il s'ensuit que le préfet n'était pas tenu de statuer sur l'autorisation de travail visée à l'article L. 5221-5 du code du travail préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance de la carte de séjour temporaire présentée sur le fondement de l'article L. 435-1du code précité. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la rédaction de la décision attaquée mentionnant que " l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé ne répond à aucune considération humanitaire, que la promesse d'embauche en qualité de déménageur au sein de la Sarl Arte Déménagement ne saurait attester de motifs exceptionnels exigés au regard de l'article L. 435-1 ", que le préfet aurait méconnu son pouvoir de régularisation s'agissant de la demande de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code précité au seul motif d'un refus d'autorisation de travail de la DIRECCTE. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait méconnu
l'étendue de sa propre compétence. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'incompétence de ce service au regard des dispositions de l'article R. 5221-15 du code du travail s'agissant de l'instruction de la demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code précité.
7. M. B fait valoir qu'il a obtenu plusieurs promesses d'embauche sérieuses
pour lesquelles les employeurs se sont mobilisés, dont une promesse d'embauche pour un emploi de déménageur pour la Sarl Arte Déménagement, puis par la suite de la Sarl Affair's en tant que vendeur et réparateur de bijoux et que le gérant de cette dernière société n'avait reçu aucune candidature adéquate à ce poste très particulier alors qu'il a suivi une formation de plusieurs mois en tant que bijoutier et a obtenu un certificat de bijoutier en mars 2014. Toutefois, eu égard à l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B en France, les possibilités d'insertion professionnelle de M. B ne suffisent pas à caractériser des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, la seule circonstance que la décision attaquée ne fait pas explicitement référence à la qualification professionnelle de l'intéressé, à son expérience et aux caractéristiques des emplois auxquels il a postulés ne saurait démontrer que, avant de se prononcer, le préfet de l'Isère se serait abstenu d'examiner ces éléments qu'il a pu pondérer, sans commettre d'erreur de droit, par la prise en compte des autres éléments de sa situation examinés au point suivant. Par suite, le préfet de l'Isère a pu, sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mention " salarié ".
8. M. B fait valoir qu'il vit en France depuis près de près de huit ans, qu'il parle parfaitement français, qu'il vit avec ses parents et son petit frère, Gevorg scolarisé depuis leur arrivée, qu'il a toujours vécu auprès d'eux, qu'il est très présent pour sa mère qui souffre de graves problèmes de santé, qu'il a obtenu plusieurs promesses d'embauche sérieuses pour lesquelles les employeurs se sont mobilisés, que ces éléments constituent des motifs exceptionnels à prendre en compte pour la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de la vie privée et familiale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 20 octobre 2014 à l'âge de 18 ans. S'il réside en France depuis près de huit ans à la date de l'arrêté attaqué, son séjour procède essentiellement de l'instruction de sa demande d'admission au titre de l'asile et du séjour, puis découle d'un maintien irrégulier sur le territoire et enfin de la durée d'instruction de sa nouvelle demande de titre. S'il se prévaut de la présence en France de ses parents, ces derniers résident également sur le territoire de manière irrégulière. M. B, qui est célibataire et sans enfant, ne dispose ainsi d'aucunes attaches personnelles fortes sur le territoire, alors qu'il a vécu dix-huit ans en Arménie et en Russie, pays dans lesquels il a nécessairement conservé des liens. S'il se prévaut, également, de ses activités de bénévolat et de promesses d'embauche, ces circonstances ne permettent pas d'établir qu'il a fixé le centre de ses intérêts en France. En outre, ces éléments ne caractérisent pas, l'existence d'un motif exceptionnel ou humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait, en lui opposant un refus de titre séjour portant la mention " vie privée et familiale ", entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
10. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservé dans son pays d'origine. En outre, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas aux ressortissants étrangers le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer leur vie privée et familiale.
11. M. B fait valoir qu'il vit sur le territoire français depuis l'année 2014, soit
depuis près de huit années, qu'il parle parfaitement français et a adopté le mode de vie et la culture française, qu'auparavant, il ne vivait déjà plus dans son pays d'origine, la famille vivant en Russie, qu'il est venu avec ses parents qui ont fui la Russie en raison de persécutions et de menaces, qu'il a toujours été très proche de ses parents, qu'un départ vers son pays d'origine est inenvisageable alors que ses centres d'intérêt se trouvent en France, et qu'il a noué des liens stables, intenses et anciens sur le territoire français.
12. Toutefois, M. B est entré en France à l'âge de 18 ans et n'y résidait que depuis huit ans à la date de la décision en litige après s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement en date du 8 juillet 2016, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble le 6 février 2017 puis par la cour administrative d'appel de Lyon le 28 août 2017. Sa présence étant devenue irrégulière, cette attitude ne témoigne pas d'une bonne insertion dans la société française, qui suppose le respect le respect des lois de la République et des décisions de justice. De plus, l'intéressé ne peut pas se prévaloir de la présence en France de ses parents, qui ont fait eux-mêmes l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine ou en Russie, pays dans lesquels il a passé la majeure partie de son existence. Par ailleurs, M. B dont la demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'apporte aucune pièce probante de nature à établir la réalité et la gravité des risques auxquels sa famille serait exposée en cas de retour dans leur pays d'origine ou en Russie et n'établit pas qu'il ne pourrait mener sa vie familiale qu'en France. Il s'ensuit, alors même que l'intéressé a suivi diverses formations professionnelles et qu'il dispose d'une promesse d'embauche, que l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet de l'Isère n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.
14. En second lieu, pour les motifs évoqués précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;() ".
16. Pour refuser un départ volontaire à M. B, le préfet de l'Isère a notamment retenu que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Par suite, le préfet de l'Isère pouvait lui refuser un délai de départ volontaire en se fondant sur les dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. Pour les motifs précédemment indiqués, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de l'Isère est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
18. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire sans délai que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions doit, pour les motifs précédemment exposés, être écarté.
19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
20. Il résulte des dispositions rappelées ci-dessus que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. L'arrêté attaqué vise la décision par laquelle le préfet de l'Isère a fait obligation au requérant de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Dès lors, le requérant entre ainsi dans le cas prévu au premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où l'autorité administrative assortit son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Les circonstances invoquées par M. B selon lesquelles il a le centre de ses intérêts en France au regard des attaches scolaires, sociales et professionnelles démontrées, il ne constitue pas une menace à l'ordre public et l'interdiction de retour l'empêche de s'épanouir et de s'investir sur un territoire où il s'est intégré, et où il justifie d'une insertion professionnelle forte, ne sauraient être qualifiées de circonstances humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
21. Par ailleurs, il ressort des termes de la décision attaquée, que pour prononcer une interdiction de retour se le territoire français à l'encontre de M. B, le préfet de l'Isère fait référence à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a mentionné la date de son entrée sur le territoire et ainsi que sa durée de présence en France, la circonstance qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée, qu'il est célibataire et sans enfant à charge, qu'il ne justifie pas être démuni d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, qu'il n'a aucune attache familiale en France en dehors de ses parents et son frère mineur, que toutefois ses parents sont en situation irrégulière, qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et le fait qu'il n'établit pas non plus l'existence de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'interdiction de retour litigieuse. Dans ces circonstances, il n'est pas établi que le préfet de l'Isère se soit abstenu de procéder à un examen préalable de la situation du requérant au regard des critères susvisés. Par suite, le préfet de l'Isère n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit en prononçant à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un an. Dans ces circonstances, le préfet de l'Isère, qui a suffisamment motivé sa décision, n'a pas davantage commis d'erreur d'appréciation en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français limitée à un an alors même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
22. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 ci-dessus, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
23. Les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le seul moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée et tirée de son défaut de base légale, en raison de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
24. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants. ".
25. M. B fait valoir que la famille B a dû fuir l'Arménie dans un premier temps, puis la Russie, ayant été l'objet de menaces et de maltraitances, qu'ils ont à nouveau été contraints de fuir et sont entrés en France en octobre 2014, qu'il n'a aucun lien avec son pays d'origine, ni aucune attache sociale ou familiale, qu'au contraire, il n'est pas le bienvenu dans son pays d'origine car il n'a pas effectué son service militaire, que le service militaire est obligatoire sans exception ni objection de conscience possible et qu'un départ vers son pays d'origine est inenvisageable. Toutefois, l'intéressé, dont la demande d'asile a été rejetée, au demeurant, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, n'établit par aucune pièce la réalité et l'actualité des risques allégués. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
26. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président-rapporteur,
Mme Frapolli, première conseillère,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
C. C
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
I. FRAPOLLI Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026