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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203999

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203999

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203999
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantCOMBES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 juin 2022 et le 20 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Combes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer son inscription au fichier Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- L'arrêté a été signé par une personne incompétente à ce titre ;

- L'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- L'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- L'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- Il a droit à un titre de séjour de plein droit en sa qualité de parent d'enfant français au titre de l'article L. 423-7 du code ;

- La décision refusant un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ; il ne représente pas de menace pour l'ordre public ;

- L'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d'erreur de droit, le préfet se fondant sur le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est abrogé ; elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office par le tribunal tiré de la substitution de la base légale de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qui trouve son fondement non dans les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogées à la date de l'arrêté attaqué, mais dans les dispositions de l'article L. 612-6 du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 décembre 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 juillet 2022 à 11h30 au cours de laquelle Mme A a présenté son rapport et a entendu les observations de Me Combes pour M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, est entré en France en décembre 2017, selon ses déclarations. Il a bénéficié d'un visa long séjour à compter d'août 2017 puis a obtenu un titre de séjour étudiant valable jusqu'au 12 décembre 2019. Par l'arrêté attaqué le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est le père d'une enfant de nationalité française, née le 3 juin 2020, qu'il a reconnue le 14 mai 2020 et sur laquelle il exerce l'autorité parentale. Ces mêmes pièces établissent que le requérant réside avec sa fille et la mère de celle-ci ainsi que ses deux enfants nés d'une précédente union. La mère de son enfant atteste de l'intérêt que M. B soutient porter à sa fille, sa participation à son éducation et aux dépenses du foyer. Par conséquent, l'arrêté attaqué qui éloigne le requérant de son enfant et prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'un an porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant du couple et a pour effet de séparer la cellule familiale, méconnaissant ainsi les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an doit être annulé.

Sur les conclusions d'injonction :

6. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". En vertu de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. ".

7. L'annulation de l'arrêté attaqué par le présent jugement implique nécessairement la suppression du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de faire procéder à cette suppression dès notification du présent jugement.

8. En revanche, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution supplémentaire, le préfet n'étant pas au jour du jugement saisi d'une demande de titre de séjour, ainsi qu'il résulte des déclarations du requérant à l'audience.

Sur les frais de procès :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Combes de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er :

Article 2 :

Article 3 :

Article 4 :

Article 5 :M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

L'arrêté du 28 juin 2022 du préfet de l'Isère est annulé.

Il est fait injonction au préfet de l'Isère de faire procéder à la suppression du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sans délai.

Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Combes et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

J. A

La greffière,

V. Joly

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203999

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