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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204006

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204006

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, M. C A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée au regard des critères fixés par l'article L. 612-10 du code et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 juillet 2022 à 11 heures 30 au cours de laquelle Mme B a présenté son rapport et a entendu les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, est entré en France le 8 août 2021. Il a sollicité le bénéfice d'une protection au titre de l'asile qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée la Cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. A fait état de son appartenance à la communauté kurde alévi, de son implication dans le PKK et de son interpellation en janvier 2019, il n'établit pas la réalité de ses propos, ce alors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile, notant le caractère peu circonstancié de son récit et émettant des doutes sur la valeur probante de sa carte d'adhérent à l'association Pir Sultan Abdal. Les quelques documents produits, relatifs à une perquisition alléguée et la suspension d'un compte sur un réseau social pour lesquelles pas une ligne d'explication n'est fournie, ne sauraient non plus établir la réalité des risques encourus. Il en est de même du mandat d'arrêt qui aurait été établi le 27 mai 2022 pour des faits commis le 23 avril 2021, qui ne fait également l'objet d'aucune explication et dont l'authenticité n'est pas avérée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

4. M. A a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans dans son pays d'origine où résident son épouse et ses enfants mineurs et est entré en France à une date récente. Il n'établit ni même n'allègue disposer de quelconque lien sociaux ou familiaux en France. Dans ces conditions, l'arrêté n'a pas méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de l'arrêté attaqué que pour prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de l'Isère a pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4, la décision d'interdiction de retour, tant dans son principe que dans sa durée, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :

Article 2 :

Article 3 :M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

La requête de M. A est rejetée.

Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

J. B

La greffière,

V. Joly

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204006

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