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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204025

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204025

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, M. C A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a fait une application erronée de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né en 1984, a déposé le 14 septembre 2016 une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 mars 2018. Le préfet des Bouches-du-Rhône a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français le 25 avril 2018. L'OFPRA ayant rejeté le 9 août 2018 la demande de réexamen de demande d'asile présentée par M. A, le préfet des Bouches-du-Rhône a édicté une deuxième obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 17 juin 2019. M. A a été interpellé le 3 octobre 2020 et par arrêté du même jour, le préfet des Bouches-du Rhône a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour pendant une durée de deux ans, dont la légalité a été confirmée par la juridiction administrative. Le 22 juin 2022, M. A a été placé en garde à vue pour des faits de violences commises sur sa conjointe n'ayant pas entraîné d'incapacité, communication de renseignement inexact sur son identité par étranger ne permettant pas l'exécution d'une mesure d'éloignement et soustraction à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français. Le même jour, le préfet de la Haute-Savoie a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et avec interdiction de retour pendant une durée de deux ans.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Si le requérant soutient résider en France depuis 2011, il ressort toutefois du procès-verbal d'audition, produit par le préfet en défense, qu'il a déclaré être parti en Italie de fin 2011 à fin 2013 puis de nouveau de fin 2014 à 2015. Il a également déclaré avoir quitté la France pour la Belgique durant l'année 2020 avant d'y revenir. Il ressort des pièces du dossier que son épouse et son fils ne résident pas régulièrement sur le territoire national. Enfin, M. A ne justifie pas avoir tissé des liens personnels d'une particulière intensité sur le territoire français et il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été édictée et ainsi, elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

4. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

5. Le refus d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A est fondé sur la circonstance que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. S'il soutient que les violences sur conjoint du 21 juin 2022 sont des faits isolés, cette circonstance n'est, en l'espèce, pas de nature à remettre en cause la menace à l'ordre public que constitue son comportement. Le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. L'arrêté attaqué vise les dispositions précitées et énonce qu'un examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué relativement à la durée de la mesure, après avoir relevé que sa présence représentait une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violences sur conjoint, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, que son épouse et son enfant se trouvent dans une situation administrative identique et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 3 octobre 2020. La décision portant interdiction de retour est, en conséquence, suffisamment motivée.

8. Si M. A prétend justifier de circonstances humanitaires liées à la présence de son épouse et de son enfant en France, il ressort des pièces du dossier que ces derniers se trouvent dans la même situation administrative que lui. Ainsi qu'il a été dit au point 3, il ne justifie pas d'une présence continue en France depuis 2011 comme il le prétend. Par suite, l'interdiction de retour pendant une durée de deux ans n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 22 juin 2022 doivent être rejetées, de même que les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, première conseillère,

Mme Permingeat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le président rapporteur,

T. B

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Bailleul

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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