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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204091

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204091

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantASTERIO - CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 juillet 2022, 18 juillet 2022 et 19 juillet 2022, l'union syndicale professionnelle des policiers municipaux, représentée par M. B, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 1er juillet 2022 par laquelle le maire de Bourg-Saint-Maurice a provisoirement retiré aux policiers municipaux de la commune leur arme de catégorie B à compter du 4 juillet 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- le retrait aux policiers de leur arme de catégorie B est susceptible de mettre en danger leur sécurité dans l'exercice des missions qui leur sont confiées ;

En ce qui concerne la légalité de la décision :

- le maire n'avait pas compétence pour prendre une telle mesure qui relève du préfet ;

- la mesure n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine pour avis du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que les motifs tirés des dysfonctionnements du service et de sa prochaine réorganisation sont inexistants ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle porte une atteinte grave à la sécurité des policiers municipaux

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 juillet 2022 et 20 juillet 2022, la commune de Bourg-Saint-Maurice, représentée par son maire en exercice, et assistée par Me Bracq, conclut au rejet de la requête et demande au juge des référés de mettre à la charge de l'union syndicale professionnelle des policiers municipaux une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le syndicat n'a pas intérêt à agir contre la mesure ;

- la requête est irrecevable faute de production de la requête au fond ;

- la requête est irrecevable dès lors que la mesure attaquée est une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;

- aucune urgence ne justifie la suspension ;

- aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 5 juillet 2022 sous le numéro 2204087, par laquelle l'union syndicale professionnelle des policiers municipaux demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Muller, greffier d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu M. B, pour l'union syndicale professionnelle des policiers municipaux, et Me Bracq, avocat de la commune de Bourg-Saint-Maurice.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour l'union syndicale professionnelle des policiers municipaux a été enregistrée le 21 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 1er juillet 2022, le maire de Bourg-Saint-Maurice a provisoirement retiré aux policiers municipaux de la commune leur arme de catégorie B à compter du 4 juillet 2022. Par la présente requête, l'union syndicale professionnelle des policiers municipaux demande au tribunal de prononcer la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense ;

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence de la situation, l'union syndicale professionnelle requérante se borne à faire état des risques encourus par les policiers municipaux privés de leur arme de catégorie B dans l'exercice de leurs missions. Elle n'apporte toutefois aucune précision sur l'existence de risques particuliers à Bourg-Saint-Maurice, alors au demeurant que les policiers municipaux disposent d'autres équipements, et en particulier d'autres armes, propres à assurer leur sécurité et qu'il s'agit seulement d'une mesure prise à titre conservatoire, dans l'attente d'une réorganisation du service. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie en l'espèce.

5. Sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, il résulte de ce qui précède que les conclusions de l'union syndicale professionnelle des policiers municipaux aux fins de suspension doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Bourg-Saint-Maurice tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'union syndicale professionnelle des policiers municipaux est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Bourg-Saint-Maurice tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'union syndicale professionnelle des policiers municipaux et à la commune de Bourg-Saint-Maurice.

Fait à Grenoble, le 21 juillet 2022.

La juge des référés,

E. A

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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