lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juillet 2022 et le 4 octobre 2023, Mme G, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaitre le statut d'apatride ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui accorder le statut d'apatride, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du prononcé du jugement ; à titre subsidiaire d'enjoindre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des refugies et apatrides une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision méconnait l'article 1er alinéa 1 de la convention internationale de New-York du 28 septembre 1954 ; les autorités russes refusent de la reconnaitre comme une ressortissante russe.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, l'Office français de protection des refugies et apatrides conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 mars 2024.
Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 2 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cans, substituant Me Mathis, représentant Mme G.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G, née le 10 juin 1997 à Stavropol (Fédération de Russie) de deux parents d'origine arménienne nés en République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan, est arrivée en France en 2015 avec ses parents. Ces derniers ont déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 novembre 2015, rejet confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 6 décembre 2016. Son père s'est toutefois vu octroyer ultérieurement le bénéfice de la protection subsidiaire le 23 juillet 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Mme G a formé le 31 janvier 2020 une demande de reconnaissance de la qualité d'apatride sur le fondement de la convention de New-York du 28 septembre 1954. Après avoir entendu Mme G le 30 mars 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 17 janvier 2022.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Par une décision du 10 janvier 2022 du directeur général de l'Office français de protection des refugies et apatrides, régulièrement mise en ligne sur le site de l'Office le lendemain, Mme E A, cheffe du bureau des apatrides, a reçu délégation afin de signer tous actes individuels pris en application de l'article L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
3. Aux termes du paragraphe 1er de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 : " Aux fins de la présente Convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Aux termes de l'article L. 812-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". Aux termes de l'article L. 812-2 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 812-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel.
4. Pour rejeter la demande de reconnaissance du statut d'apatride, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sans remettre en cause l'identité et l'état-civil de l'intéressée, n'a pas établi son parcours et sa situation administrative en Russie au motif que ses allégations relatives à sa scolarisation dans ce pays en dépit de la situation administrative irrégulière de ses parents étaient dénuées de toute crédibilité. En outre, l'Office n'ayant pas établi la filiation avec la personne présentée par Mme G comme sa mère, il était impossible de déterminer si Mme G avait acquis une nationalité par filiation au moment de sa naissance.
5. La circonstance que les allégations de Mme G relatives à sa scolarisation en Russie en dépit de la situation administrative irrégulière de ses parents seraient dénuées de toute crédibilité est sans influence en l'espèce sur la reconnaissance de la qualité d'apatride dès lors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'a pas remis en cause l'état civil et l'identité de la requérante, née à Stavropol en Fédération de Russie. Dès lors, c'est au regard de sa situation par rapport à la Fédération de Russie que doit être examiné si Mme G peut prétendre au statut d'apatride, cette dernière n'ayant aucun lien de rattachement avec un autre pays par la résidence ou un mariage. En l'espèce, Mme G apporte la preuve que, par une décision du 8 décembre 2021, dont l'authenticité n'est pas contestée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que les autorités de la Fédération de Russie ont refusé de lui délivrer la citoyenneté de la fédération de Russie en application de l'article 16 de la loi fédérale n°62-FZ du 31 mai 2002. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'établit ni même n'allègue qu'elle pourrait obtenir la citoyenneté russe sur un autre fondement. Par suite, Mme G doit être regardée comme établissant que la Russie ne la considère pas comme une ressortissante russe. Elle est, dès lors, fondée à demander l'annulation de la décision du 17 janvier 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Sur les conclusions d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "
7. La présente décision implique nécessairement que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides accorde à Mme G le statut d'apatride dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du procès :
8. Aux termes de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
9. Mme G a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 p. 100 par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de
Grenoble en date du 2 mai 2022. Toutefois, l'avocate de Mme G a demandé que lui soit versée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mathis, avocat de Mme G, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le versement à Me Mathis de la somme de 1000 euros en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er :La décision du 17 janvier 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est annulée.
Article 2 :Il est enjoint à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides d'accorder à Mme G le statut d'apatride dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 :L'Office français de protection des réfugiés et apatrides versera la somme de 1000 euros à Me Mathis sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mathis renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête de Mme G est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme F G, à Me Mathis et à l'Office français de protection des refugies et apatrides.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président,
- Mme C H, première-conseillère,
- Mme D B, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
Le président-rapporteur,
M. Sauveplane
L'assesseure la plus ancienne,
C. H
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026