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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204251

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204251

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 6
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, sous le numéro 2204251, Mme B C, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur sa demande d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé par un examen effectif de sa situation ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendue, des droits de la défense et du principe de bonne administration ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale du droit de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle présente des éléments sérieux justifiant son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile et le droit au recours effectif consacré par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales implique la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour ait statué sur sa première demande d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, sous le numéro 2204263, M. A E, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur sa demande d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé par un examen effectif de sa situation ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu, des droits de la défense et du principe de bonne administration ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale du droit de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle présente des éléments sérieux justifiant son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile et le droit au recours effectif consacré par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales implique la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour ait statué sur sa première demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les autres moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signé à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Pfauwadel, vice-président.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Miran, substituant Me Huard, et celles de Mme C et M. E, en présence de Mme F, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes numéros 2204251 et 2204263 ont été présentées par des conjoints et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme C et M. E, d'admettre provisoirement ces derniers à l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

3. Mme C et M. E, ressortissants serbes nés en 1994, sont entrés en France le 5 décembre 2021, accompagnés de leurs trois enfants nés en 2012, 2015 et 2019. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile leur a été refusé par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 mars 2022. Par deux arrêtés du 16 juin 2022, le préfet de l'Isère leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Les arrêtés qui énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils sont fondés sont suffisamment motivés. Il ressort de leurs termes que le préfet de l'Isère a examiné la situation personnelle des intéressés telle qu'elle avait été portée à sa connaissance. Le moyen tiré du défaut de motivation et le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle des intéressés doivent être écartés.

5. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour constitue un principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il implique que le ressortissant étranger ait la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une mesure d'éloignement.

6. Les requérants soutiennent que les obligations de quitter le territoire français méconnaissent leur droit d'être entendu dès lors qu'elles ont été prises sans que le préfet de l'Isère les invite préalablement à présenter des observations. Ils avaient cependant la faculté, pendant la durée de l'instruction de leurs dossiers de demande d'asile et avant l'intervention des arrêtés contestés, de faire valoir en préfecture tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu de ces mesures. En conséquence, les moyens tirés de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Mme C et M. E étaient présents en France depuis seulement sept mois à la date des décisions attaquées. Ils n'ont aucune autre attache familiale ou personnelle sur le territoire français alors qu'ils n'en sont pas dépourvus dans leur pays d'origine. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'ils ne pourraient y mener une vie familiale et privée normale. Enfin, si les requérants se prévalent de la présence de leurs trois enfants mineurs en France, les décisions attaquées n'ont pas pour effet de les séparer de leurs parents et il n'est pas démontré par les pièces produites au dossier qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine ni que des risques pèseraient sur eux. Dans ces circonstances, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les obligations de quitter le territoire français portent à leur droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été édictées et méconnaitraient de ce fait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte des mêmes circonstances que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté et que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

9. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

10. Eu égard notamment aux garanties procédurales résultant des dispositions combinées du 1°) e) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du 4° de l'article L. 611-1, de l'article L. 614-5 et de l'article L. 722-3 du même code, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que leur droit à un recours effectif devant la Cour nationale du droit d'asile implique la suspension de l'exécution des obligations de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour ait statué sur leur recours.

11. Les requérants qui n'apportent aucun élément à l'appui de leurs allégations selon lesquelles ils courraient des risques dans leur pays d'origine, ne peuvent être regardés comme présentant des éléments sérieux de nature à justifier leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de suspension de l'exécution des arrêtés du 16 juin 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C et M. E sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes de Mme C et M. E sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A E, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

Le magistrat désigné,

T. D Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,2204263

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