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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204254

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204254

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 27 juillet 2022, M. A C, représenté D Me Schürmann, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite D laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui donner un rendez-vous pour déposer une demande de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui accorder un rendez-vous dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros D jour de retard, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie ;

- les dispositions combinées des articles R. 311-1, R. 311-2 et R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obligation au préfet d'enregistrer les demandes de titre de séjour, sauf si le dossier est incomplet ou si la demande est abusive et dilatoire, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ;

- la circonstance qu'il fasse l'objet d'un arrêté de transfert en application du règlement (UE) n° 640/2013 ne fait pas obstacle à ce qu'il dépose une demande de titre de séjour en France ;

- la décision contestée méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

D un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il a refusé à bon droit d'accorder un rendez-vous au requérant dès lors que celui-ci a fait l'objet le 4 mars 2021 d'une décision de transfert vers l'Allemagne dont le délai d'exécution a été reporté au 2 novembre 2022 à la suite de la déclaration en fuite de l'intéressé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 juillet 2022 :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- et les observations de Me Schürmann, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité nigériane, a sollicité l'asile en France le 4 janvier 2021. D un arrêté du 4 mars 2021, le préfet du Rhône a pris à son encontre une décision de remises aux autorités allemandes. L'intéressé ayant été déclaré en fuite, le délai de transfert a été reporté au 2 novembre 2022. En janvier et avril 2022, M. C a sollicité, en vain, de la préfecture de l'Isère un rendez-vous afin de pouvoir déposer une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Il demande la suspension de l'exécution de la décision implicite D laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui accorder un rendez-vous.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. C, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. En premier lieu, le refus du préfet de l'Isère d'accorder à M. C un rendez-vous, motivé D la circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Allemagne susceptible d'être mise à exécution jusqu'au 2 novembre 2022, a pour effet d'empêcher l'intéressé de déposer son dossier au moins jusqu'à cette date et de faire enregistrer sa demande de délivrance d'un titre séjour dans un délai raisonnable. Elle le prive, ainsi, de son droit à voir examiner son droit au séjour en France en qualité d'étranger malade au moins jusqu'à l'expiration du délai de transfert. Dans ces circonstances, la décision refusant d'accorder à M. C un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d'urgence exigée D les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit considérée comme remplie.

6. En second lieu, il résulte des dispositions des articles R. 431-10 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

7. En l'espèce, le préfet de l'Isère ne soutient pas ni que le dossier de M. C était incomplet, ni que sa demande revêtait un caractère abusif ou dilatoire. Aucune règle ni aucun principe du droit de l'Union européenne ou du droit national ne fait obstacle à ce qu'un ressortissant étranger faisant l'objet d'une mesure de transfert en application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 puisse solliciter en France, dans l'attente de sa remise aux autorités de l'Etat responsable de sa demande d'asile, un titre de séjour pour un autre motif que l'asile, notamment sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions fixées D les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Il y a lieu, dès lors, de suspendre l'exécution de la décision D laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'accorder à M. C un rendez-vous afin de pouvoir déposer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère d'accorder à M. C un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance. Elle n'implique pas en revanche qu'il soit remis à l'intéressé le récépissé d'une demande qui n'est pas encore enregistrée. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. M. C étant admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Schürmann, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Schürmann de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C D le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution du refus du préfet de l'Isère d'accorder à M. C un rendez-vous afin qu'il puisse déposer une demande de délivrance d'un titre de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère d'accorder à M. C un rendez-vous dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Schürmann renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Schürmann, avocate de M. C, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à ce dernier.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Me Schürmann et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 28 juillet 2022.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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