mardi 2 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204295 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 6 |
| Avocat requérant | MARCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, Mme A C, représentée par Me Marcel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée;
- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut de produire un avis médical régulier de l'OFII ; subsidiairement, en cas de communication de cet avis, il appartiendra au Tribunal d'en vérifier la régularité ;
- le préfet s'est cru à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
- la décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par exception d'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 mai 2022.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Pfauwadel, vice-président.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Mathis substituant Me Marcel, avocate de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante arménienne née en 1975, soutient être entrée en France le 7 août 2019. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 février 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 6 septembre 2021. Le 3 mars 2021, elle a sollicité la délivrance d'n titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 février 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". L'arrêté du 27 décembre 2016 précise les conditions de déroulement de la procédure à l'issue de laquelle est émis l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade présentée par Mme C a fait l'objet d'un avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 28 mai 2021. Cet avis comporte l'ensemble des mentions exigées par l'arrêté du 27 décembre 2016. L'autorité administrative a également produit le bordereau de transmission du directeur général de l'OFII qui certifie que le rapport du médecin instructeur, établi le 27 avril 2021, a été transmis le 1er mai 2021 au collège de médecins dont la composition était par ailleurs régulière. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
5. La circonstance que la bibliothèque d'information sur le système de soins des pays d'origine (BISPO), dont le collège de médecins de l'OFII s'est notamment servi pour apprécier la condition d'accès aux soins dans le pays d'origine et formuler l'avis contesté, n'est pas publiée en ligne ne peut entacher d'illégalité cette décision dès lors qu'aucune disposition ni aucun principe n'impose une telle publication. Par suite, ce moyen ne peut être qu'écarté.
6. Si l'avis des médecins de l'OFII ne lie pas l'autorité compétente pour statuer sur la demande de titre de séjour, rien ne l'oblige à s'en écarter. A cet égard, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère se serait estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII, et aurait ainsi méconnu sa propre compétence en s'en appropriant les motifs.
7. Pour refuser le titre de séjour sollicité par Mme C, le préfet de l'Isère s'est, s'agissant de l'état de santé de l'intéressée, prononcé en raison de l'avis du collège de médecins de l'OFII selon lequel, si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celle-ci peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre d'un cancer rare. Toutefois, il ne résulte pas des certificats médicaux qu'elle produit que le traitement que son état de santé requiert ne pourrait être administré dans son pays d'origine, comme l'a estimé le collège des médecins de l'OFII, ni que son état de santé aurait évolué depuis l'émission de cet avis. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a fait une application erronée des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. Mme C fait valoir qu'elle réside en France depuis août 2019 avec son époux et qu'elle est suivie par un service spécialisé à Lyon pour sa pathologie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle est entrée irrégulièrement sur le territoire français, que son époux de même nationalité se trouve dans la même situation administrative qu'elle et qu'elle n'a pas noué de liens anciens, intenses et stables sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait mener une vie privée et familiale normale dans son pays d'origine en raison de son état de santé. Par ailleurs, elle n'établit pas être isolée en Arménie, où elle a vécu la majorité de sa vie et où résidaient, à la date de la décision attaquée, ses trois enfants majeurs. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
10. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, Mme C n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.
11. Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
12. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet ni pour effet, par elle-même, de renvoyer la requérante dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement contestée serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est inopérant. En tout état de cause, la requérante n'établit par aucune pièce probante la réalité et l'actualité des risques qu'elle dit encourir personnellement en cas de retour en Arménie, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA. Par ailleurs, elle n'établit pas non plus qu'elle ne pourrait pas bénéficier des soins médicaux dont elle a besoin en Arménie. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, Mme C n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
14. Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
15. Mme C soutient qu'elle a des craintes pour sa vie et son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, elle n'établit par aucune pièce probante la réalité et l'actualité des risques qu'elle dit encourir personnellement en cas de retour en Arménie, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant le pays de destination.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C aux fins d'annulation de l'arrêté du 12 février 2022 doivent être écartées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, de même que les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Marcel et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.
Le magistrat désigné,
T. B
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026