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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204312

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204312

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2022, M. C, représentée par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48SI " du 20 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises entre le 28 novembre 2017 et le 2 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui reconstituer son capital de points et de lui restituer son titre de conduite dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que:

- les retraits de points n'ont pas fait l'objet de l'information préalable obligatoire qui lui est due en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions a été contestée et n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que celle-ci est infondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a au cours de l'audience publique, présenté son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision référencée " 48SI " du 20 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises entre le 28 novembre 2017 et le 2 novembre 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, daté du 24 août 2022 et produit par l'administration au soutien de son mémoire en défense, que les points retirés à la suite des infractions commises les 18 décembre 2017, 20 juillet 2018, 13 mars 2019, 20 juillet 2019 et 10 juillet 2020 ont été restitués respectivement les 15 juillet 2018, 4 mars 2019, 26 septembre 2019, 3 mars 2020 et 1er juin 2021, soit antérieurement à la requête. Par suite, les conclusions dirigées contre ces décisions de retrait de points sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'absence d'information préalable :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code ; qu'il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

4. Les infractions ayant conduit au solde de points nul du permis de conduire du requérant sont celles commises les 28 novembre 2017 (- 1 point), 20 décembre 2017 (- 1 point), 24 juin 2018 (- 1 point), 8 juillet 2020 (- 3 points), 28 août 2020 (-1 point), 20 mai 2021 (- 3 points) et 2 novembre 2021 (- 3 points) soit un total de treize points.

S'agissant des infractions commises les 28 novembre 2017, 20 décembre 2017, 24 juin 2018 et 28 août 2020 :

5. Il ressort du relevé d'information intégral que M. C a payé les amendes forfaitaires relatives à ces infractions relevées par radar automatique, ainsi que le prouvent les mentions " tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) ". Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu les avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci serait inexact ou incomplet, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de points prises à la suite de ces infractions auraient été prises au terme de procédures irrégulières.

S'agissant des infractions commises les 8 juillet 2020, 20 mai 2021 et 2 novembre 2021 constatées par procès-verbal électronique :

6. Il ressort du relevé d'information intégral que M. C a payé l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction commise le 8 juillet 2020 à Albertville. Ainsi le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention comportant les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code la route pour cette infraction.

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

8. En l'espèce l'administration produit à l'instance les procès-verbaux correspondant aux infractions des 20 mai 2021 et 2 novembre 2021 et qui comportent chacun la signature du contrevenant au dessous des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code la route ainsi que la qualification de l'infraction commise.

9. Dans ces conditions le moyen tiré du défaut d'information préalable pour les sept infractions rappelées au point 4, est écarté.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

11. Le relevé d'information intégral relatif à la situation du requérant, extrait du système national du permis de conduire, porte des mentions et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute leur exactitude, attestant soit que le requérant s'est acquitté des amendes forfaitaires soit qu'un titre exécutoire a été émis pour les infractions mentionnées au point 4, ces mentions font foi. Il suit de là que la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route, le requérant n'alléguant pas avoir formé de requête en exonération au titre de l'ensemble de ces amendes.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des retraits de points correspondant aux sept infractions commises par le requérant, sont rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48SI " du 20 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. C, pour solde de points nul, sont rejetées.

Sur les autres conclusions :

13. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La magistrate désignée,

D. ALa greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204312

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