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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204331

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204331

mercredi 3 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées le 12 juillet 2022 et le 29 juillet 2022, Mme C B, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de l'admettre au séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder sans délai au réexamen de son dossier et de lui délivrer une carte de séjour et, dans l'attente, un récépissé de demande de carte de séjour ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée au sens de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme d'Elbreil, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de la magistrate désignée, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante libanaise née en 1967, est entrée en France le 19 novembre 2020 sous couvert de son passeport, revêtu d'un visa de court séjour valable du 5 novembre 2020 au 20 décembre 2020. Elle a présenté une demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 12 juillet 2021. Le 1er mars 2022, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé cette décision. Le 19 juin 2022, elle a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Haute-Savoie portant refus d'admission au séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et fixant le pays de renvoi. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

4. Mme B soutient qu'elle craint pour sa vie en cas de retour au Liban, compte tenu, d'une part, de sa confession religieuse et, d'autre part, des violences conjugales auxquelles elle serait exposée. Elle soutient également que les responsabilités de son époux au sein d'une milice armée s'opposent à ce qu'elle puisse faire valoir ses droits dans son pays d'origine. Toutefois, elle n'établit pas, par ces seules affirmations, qu'elle encourrait des risques personnels et actuels pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA, confirmée par une décision de la CNDA. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée sur le territoire français le 19 novembre 2020, soit une durée de présence en France relativement courte à la date de la décision attaquée. En outre, si elle se prévaut d'avoir quitté son pays en compagnie de sa sœur et du fils de cette dernière, elle ne conteste pas que sa sœur se trouve dans la même situation administrative qu'elle. Par ailleurs, elle ne produit, comme élément relatif à l'intégration dans la société française, qu'une attestation d'une association d'aide aux demandeurs d'asile, alors qu'il est constant qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 55 ans, pays où elle s'est nécessairement créé des attaches personnelles. Dans ces circonstances, et eu égard à la durée et aux conditions du séjour de la requérante en France, l'obligation de quitter le territoire français attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Savoie aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

8. Pour prononcer à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie a relevé que si la présence de Mme B sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public, et si elle n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, elle n'est présente sur le territoire français que depuis un an et sept mois, sa sœur est dans la même situation administrative qu'elle et elle n'établit pas être dépourvue de lien familial dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, l'interdiction de retour sur le territoire français attaquée est suffisamment motivée au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Compte tenu des éléments énoncés au point qui précède, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant à l'encontre de l'intéressée une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 19 juin 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2022.

La magistrate désignée,

M. d'ELBREIL

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2204331

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