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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204390

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204390

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, Mme E, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2022, par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 2 jours suivant la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet;

- méconnaît l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

Par un mémoire en défense, enregistrés le 19 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Mathis, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante macédonienne, née en 2011, déclare qu'elle est entrée le 18 février 2018 sur le territoire français pour rejoindre M. D ressortissant macédonien titulaire d'une carte de résident avec lequel elle soutient qu'elle était engagée dans une relation amoureuse à distance depuis novembre 2017. De leur union sont nés trois enfants nés en 2018, 2019 et 2021, l'enfant né le 24 novembre 2018 étant décédé le 24 décembre 2018. Mme E a sollicité le 6 novembre 2020 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 7 février 2022, le préfet de l'Isère a refusé de le lui délivrer, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur la compétence du magistrat désigné :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

3. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et des décisions subséquentes. En conséquence, les conclusions dirigées contre la décision du 7 février 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé à Mme E un titre de séjour doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de céans. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire, et des conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans le cadre de cette instance.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision relative au séjour :

4. Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme E fait valoir qu'elle ne peut vivre une vie familiale normale qu'en France puisqu'y réside son concubin, M. D ainsi que leurs deux enfants. Elle a, depuis son arrivée, il y a plus de quatre ans, installé sa vie privée en France et la décision attaquée séparerait les deux enfants de l'un de leurs deux parents. Toutefois la durée de sa présence en France est en partie liée au fait que Mme E n'a sollicité un titre de séjour que plus de deux ans après son arrivée sur le territoire national ; en outre Mme E n'établit aucune insertion professionnelle en France ni ne peut se prévaloir de l'existence de liens intenses stables et ancien qu'elle y aurait tissé. En outre Mme E ne démontre pas qu'elle n'est pas dépourvue de tout lien familial en Macédoine où elle a vécu 16 ans. Par ailleurs il n'y a pas d'obstacle à ce que les enfants de B nés en 2019 et 2021 poursuivent leur scolarité en Macédoine et qu'elle y reconstitue le centre de sa vie familiale avec M. D qui est lui-même ressortissant de nationalité macédonienne. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, méconnu ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Il n'a pas davantage méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de la contestation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

S'agissant des autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

7. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent, pour les motifs précédemment exposés, être écartés.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de la contestation de la décision fixant pays de destination doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de de destination.

D E C I D E :

Article 1er : Tous moyens et conclusions dirigés contre le titre de séjour, et les conclusions a fins d'injonction ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont réservés jusqu'à ce qu'il soit statué par jugement en formation collégiale.

Article 2 : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions du 7 février 2022 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

S. A

La greffière,

C.JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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