mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204411 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 15 juillet 2022 sous le n°2204411, Mme E F épouse D, représentée par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour et dans l'attente lui délivrer un récépissé de demande de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tant au regard de sa vie privée et familiale et des considérations humanitaires que du travail ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 15 juillet 2022 sous le n°2204415, M. C D, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour et dans l'attente lui délivrer un récépissé de demande de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tant au regard de sa vie privée et familiale et des considérations humanitaires que du travail ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 26 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- - le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Huard représentant M. et Mme A D.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°2204411 et n°2204415 concernent un couple d'étrangers et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme D, ressortissants du Kosovo nés respectivement en 1964 et en 1966, soutiennent être entrés sur le territoire français le 15 décembre 2014. Le 27 février 2015, ils ont demandé une admission au séjour en France en qualité de demandeur d'asile auprès des services de la préfecture de l'Isère. Le 1er avril 2015, le préfet de l'Isère leur a opposé un arrêté de refus d'admission provisoire au séjour en qualité de demandeur d'asile et les a informés de la saisine des autorités hongroises. Le 6 mai 2015, le préfet de la Haute-Savoie a édicté à leur encontre un arrêté portant remise d'un demandeur d'asile aux autorités hongroises responsables de leurs demandes. Les intéressés s'étant maintenus sur le territoire français, la France est devenue responsable de leur demande d'asile. Le 7 juillet 2017, M. et Mme D ont chacun déposé une demande d'asile. Ces demandes ont été rejetées le 29 septembre 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décisions confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 11 avril 2018. Le 17 août 2018, le préfet de la Haute-Savoie a pris à leur encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français. Le 22 juillet 2021, M. et Mme D ont demandé leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les arrêtés attaqués du 16 juin 2022 le préfet de la Haute-Savoie leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur la légalité des refus de titre de séjour :
En ce qui concerne le défaut de motivation :
3. La décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. D fait référence, notamment, à l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Elle comporte un historique détaillée de sa situation en France, indique notamment qu'il produit un Cerfa de demande d'autorisation pour conclure un contrat de travail à durée indéterminée avec la société EDB pour un poste d'étancheur, rappelle la présence en France de son épouse et d'un fils majeur qui se trouvent tous deux dans la même situation administrative que la sienne et qu'au regard de l'ensemble de ces éléments, sa situation ne peut être regardée comme relevant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à permettre la régularisation de sa situation. Dès lors, cette décision satisfait à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. Il en en est de même de la décision refusant d'accorder un titre de séjour à Mme D qui mentionne les textes applicables, les éléments essentiels de sa situation administrative et familiale en France, le fondement de sa demande de titre de séjour et " les bulletins de salaire CESU obtenus avec très peu d'heures travaillées en qualité d'emploi familial " et conclut qu'au regard de l'ensemble de ces éléments, sa situation ne peut être regardée comme relevant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à permettre la régularisation de sa situation. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne l'admission exceptionnelle au séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ()".
6. Il résulte de ces dispositions, qu'il appartient à l'autorité administrative, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, dans un premier temps, de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou est justifiée au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels en ce sens, d'envisager la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, où le demandeur justifie d'une promesse d'embauche, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de la situation personnelle de l'intéressé, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
7. A la date des arrêtés attaqués, M. et Mme D résidaient en France depuis environ 7 ans. Leur durée de séjour tient essentiellement, d'une part, à l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, à leur maintien sur le territoire français malgré les mesures de transfert et d'éloignement dont ils ont fait l'objet les 6 mai 2015 et 17 août 2018. Par ailleurs, Mme D ne justifie pas d'une intégration professionnelle en se bornant à produire à l'appui de sa demande de titre de séjour trois bulletins de salaire " chèque emploi service universel " à temps partiel au titre des mois de novembre 2018 ainsi que novembre et décembre 2019. M. D a fourni une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée à temps complet pour un emploi d'étancheur sur la base duquel la plateforme de la main d'œuvre étrangère a émis le 23 septembre 2021 un avis favorable à son recrutement à la suite de la demande d'autorisation de travail présentée par l'employeur le 21 juin 2021. Toutefois, eu égard à l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. et Mme D en France, les possibilités d'insertion professionnelle de M. D ne suffisent pas à caractériser des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, la seule circonstance que les décisions attaquées ne font pas explicitement référence à la qualification professionnelle de M. et Mme D, à leur expérience et aux caractéristiques des emplois auxquels ils postulaient ne saurait démontrer que, avant de se prononcer, le préfet de la Haute-Savoie se serait abstenu d'examiner ces éléments qu'il a pu pondérer, sans commettre d'erreur de droit, par la prise en compte de la situation d'ensemble des intéressés ainsi que cela a été dit au point 6. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de leur délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié ".
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
9. M. et Mme D, ainsi que leur fils majeur présent en France, font chacun l'objet de mesures d'éloignement. Bien que les 4 frères et sœurs de Mme D résident régulièrement en Haute-Savoie, aucun élément avéré ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue au Kosovo, où ils n'établissent pas courir des risques au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour de M. et Mme D en France, et malgré la promesse d'embauche sérieuse de M. D, les refus de titre de séjour du 16 juin 2022 n'ont pas porté à leur droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ils ont été pris. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'une d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elles comportent sur la situation personnelle et familiale de M. et Mme D.
Sur la légalité des obligations de quitter le territoire français :
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. et Mme D ne sont pas fondés à se prévaloir de l'illégalité du refus de titre de séjour qui leur a été opposé au soutien de leurs conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dont ils font l'objet.
12. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 9 du présent jugement.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er :Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme E F épouse D, à M. C D, à Me Huard et au préfet de la Haute-Savoie. Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Wegner, président,
M. Ban, premier conseiller,
Mme Letellier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
Le rapporteur,
J.-L B
Le président,
S. Wegner
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2204411-2204415
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026