jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204455 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SARL NOVAS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 juillet 2022 et le 11 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Combes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer toute mention le concernant dans le fichier Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il tire des revenus suffisants de son activité professionnelle.
* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- et les observations de Me Combes, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né le 5 janvier 1980, est entré en France le 30 janvier 2017 sous couvert d'un visa de court séjour, portant la mention " famille de français ", valable jusqu'au 1er avril 2017. Il a ensuite obtenu plusieurs titres de séjour en qualité de conjoint de français, entre le 21 novembre 2018 et le 20 novembre 2020. Le 6 octobre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-10 3°, L. 313-11 4° et L. 314-9 3°, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 novembre 2021, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, M. A soutient que, lors de l'examen de sa demande de titre de séjour, le préfet de l'Isère n'a pas tenu compte de ses trois enfants nés en 2019, ni du bilan d'activité de sa société pour l'exercice 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas mentionné dans sa demande de titre, déposée le 6 octobre 2020, ses trois enfants pourtant nés en 2019. Au demeurant, s'il se prévaut de ce qu'il a informé le préfet, lors d'un entretien qui s'est tenu auprès de ses services le 17 novembre 2021, d'une part, de la naissance en 2019 de triplés, d'autre part, de ce que le bilan de sa société était positif pour l'exercice 2021, cet entretien s'est tenu postérieurement à la date de l'arrêté attaqué et au cours duquel M. A a refusé d'en recevoir la notification. Il ressort enfin des pièces du dossier que les envois de documents complémentaires au dossier de demande de titre de séjour, dont se prévaut l'intéressé, sont également postérieurs à l'arrêté attaqué. Dans ces circonstances, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.
3. En deuxième lieu, à l'occasion du dépôt d'une demande de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est en outre loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
4. En l'espèce, il ressort de termes mêmes de l'arrêté attaqué que M. A s'est présenté personnellement en préfecture le 6 octobre 2020 pour solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, et ainsi que le soutient l'intéressé, il a adressé à la préfecture de l'Isère, au cours de l'examen de sa demande, plusieurs documents relatifs à sa situation personnelle et professionnelle. Dans ces circonstances, le droit de M. A à être entendu a été satisfait avant que n'intervienne la décision de refus de titre de séjour. Ce moyen doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale" d'une durée maximale d'un an ".
6. Il résulte des dispositions précitées que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une activité non salariée est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.
7. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A, le préfet de l'Isère s'est fondé sur le fait que la société qu'il a créée en 2019 ne justifie pas d'une activité économiquement viable, compte tenu de ses bilans comptables déficitaires pour les exercices 2019 et 2020.
8. Si M. A fait valoir que le bilan de sa société pour l'exercice 2021 est bénéficiaire avec un chiffre d'affaires de 42 350 euros HT et un bénéfice de 12 563 euros, il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été communiqués à la préfecture de l'Isère postérieurement à la date à laquelle le préfet a pris la décision attaquée, le 4 novembre 2021. Au demeurant, l'intéressé n'établit pas que le seul bénéfice de 12 563 euros qu'a dégagé sa société sur l'exercice 2021, soit de nature à lui assurer des moyens d'existence suffisants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. A se prévaut de sa présence en France depuis le 30 janvier 2017, de son activité professionnelle ainsi que des liens qu'il entretient avec ses trois filles nées en 2019. Toutefois, s'agissant de son activité professionnelle, s'il fait valoir qu'il est le gérant d'une société spécialisée dans l'exportation de biens, immatriculée en France, cette création est récente et il n'est pas soutenu qu'il ne pourrait pas poursuivre son activité dans son pays d'origine. En outre, si le requérant soutient qu'il travaille depuis 2022 comme professeur à l'université de Paris-Saclay, il ne l'établit pas. S'agissant des liens familiaux, M. A fait valoir que, par un jugement du 20 mai 2022 du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes, il exerce l'autorité parentale conjointe avec son ex-compagne sur ses trois filles nées en 2019, auprès desquelles il dispose d'un droit de visite et d'hébergement, et qu'il est astreint à une obligation de verser à son ancienne compagne une pension alimentaire de 60 euros par enfant. Toutefois, le requérant, qui n'a pas mentionné dans sa demande de titre, déposée auprès des services de la préfecture le 6 octobre 2020, l'existence de ses trois enfants pourtant nés en 2019, n'établit pas par les seuls éléments qu'il produit et qui ont trait à quelques vacances passées avec ses enfants, avoir noué avec ses filles une relation affective réelle et contribuer effectivement à leur éducation, ni verser la pension alimentaire mensuelle mise à sa charge par le jugement précité du 20 mai 2022. Dans ces conditions, et alors que M. A a vécu trente-sept ans dans son pays d'origine avant de s'établir en France sous couvert d'un visa court-séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
12. M. A se prévaut au titre des stipulations précitées de la présence en France de ses trois filles nées en 2019. Cependant, ainsi qu'il a été dit au point 10, les pièces produites ne suffisent pas à établir qu'il contribue effectivement et régulièrement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Combes et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026