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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204541

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204541

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLABORIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2022 et 1er août 2022, l'établissement le ligne Sezz, représenté par Me Aldeguer, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 22 juin 2022 du maire de Grenoble notifiée le 1er juillet 2022, restreignant ses horaires de fermeture à 23h en lieu et place de 2h du matin pour une durée de deux mois à compter de sa notification et lui enjoignant de prendre les mesures administratives afin d'assurer la conformité de l'installation de sa terrasse, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la Commune de Grenoble une somme de 3600 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-l'urgence est caractérisée dès lors que la fermeture de deux mois de l'établissement en pleine saison estivale cause un préjudice financier qui fragilise sa situation financière ainsi que celle de l'exploitant, dont les fils qui y sont également salariés, et met en péril les emplois générés ;

-les moyens de nature à créer un doute sur la légalité de la décision sont l'incompétence du maire de la commune de Grenoble pour imposer une mesure de restriction d'horaires pour des motifs liés à la tranquillité publique, cette compétence ressortissant de la compétence du préfet, l'absence de réponse à ses observations et l'absence de motivation en droit dans le courrier initial qui lui a été adressé portant mise en demeure, l'irrégularité de la procédure faute de procédure préalable régulièrement menée avant l'édiction de l'arrêté et de consultation de la commission administrative municipale des débits de boisson, la circonstance que le lien avec le défaut de terrasse, ce qu'il conteste, ne justifie pas la restriction d'horaires, la circonstance qu'il ait payé régulièrement les redevances relatives à la terrasse justifie l'existence d'un droit d'occupation du domaine public, l'absence de matérialité des nuisances sonores dès lors que le niveau acoustique est régulièrement contrôlé et qu'il n'a jamais été informé des mains courantes qui auraient été déposées à ce titre et que le procès-verbal du 5 février 2022 ne lui a pas été transmis, l'erreur de droit liée à ce qu'une prétendue absence de droit d'occupation ne saurait justifier une restriction des horaires et l'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juillet 2022 et 1er aout 2022, la commune de Grenoble conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, le critère d'urgence n'est pas établi, l'arrêté de fermeture n'étant à ce jour pas exécuté par le requérant ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sur la légalité de l'arrêté contesté.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 20 juillet 2022 sous le numéro 2204540 par laquelle Établissement le ligne Sezz demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé dans le cadre de la permanence.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 2 août 2022 en présence de M. Muller, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

-les observations de Me Aldeguer, représentant l'établissement le Ligne Sezz ;

- les observations de M. A, exploitant de l'établissement le Ligne Sezz ;

- et les observations de Me Laborie, représentant la commune de Grenoble.

La clôture de l'instruction été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code prévoit que: " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision contestée, l'établissement le Ligne Sezz se prévaut de ce que la restriction des horaires d'ouverture à 23 h menace sa situation financière dès lors que la saison estivale représente une période de forte activité, ce qu'il n'établit par aucun élément probant, et de la situation personnelle et familiale de son exploitant dont les fils y sont employés. Toutefois, il se borne à produire en ce sens les contrats de travail des trois fils de l'exploitant et d'une employée et le bulletin de salaire d'une autre employée ainsi que, pour établir son préjudice, uniquement deux tickets des recettes des samedi 4 juin 2022 et 2 juillet 2022, faisant apparaître un différentiel de 766,88 euros. Par ailleurs, s'il soutient que ce comparatif démontre un manque à gagner entre les recettes antérieures et postérieures à la restriction, il n'établit pas que l'établissement a été fermé le 2 juillet à 23h, alors que le ticket de ce jour mentionne l'horaire de 1h32 du matin. Ainsi, l'établissement le Ligne Sezz ne justifie pas, par la production de ces seuls éléments, que le refus qu'il conteste porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation financière. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, sa requête ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ;

5. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de l'établissement le Ligne Sezz dirigées contre la commune de Grenoble qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'établissement le Ligne Sezz une somme au titre de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de l'établissement le Ligne Sezz est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Grenoble tendant à ce qu'il soit mis à la charge de l'établissement le Ligne Sezz une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'établissement le Ligne Sezz et à la commune de Grenoble.

Fait à Grenoble, le 4 août 2022.

La juge des référés,

C. B

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la commune de Grenoble en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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