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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204624

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204624

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDJINDEREDJIAN KARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le tribunal administratif de Grenoble

(5ème chambre)

I./ Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022 sous le n° 2204624, M. B F, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui accorder un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour valant autorisation de travail ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

II./ Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022 sous le n°2204628, Mme D E épouse F, représentée par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui accorder un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour valant autorisation de travail ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent, chacun en ce qui le concerne, que :

- l'arrêté méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 30 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet des requêtes.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

1. M. et Mme F, ressortissants kosovars nés respectivement en 1988 et en 1992, sont entrés sur le territoire français en juillet 2015 avec leur fils aîné âgé de deux mois. Suite à leur dépôt de demandes d'asile, ils ont fait l'objet d'une procédure de réadmission en Allemagne, puis la France est redevenue responsable de leurs demandes. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 29 septembre 2017 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 11 mai 2018. Ils ont bénéficié de titres de séjour en qualité de parents d'enfant malade, valables du 4 janvier 2019 au 15 avril 2020. Ils ont fait l'objet de premières mesure d'éloignement en date du 9 mars 2020. Le 9 novembre 2021, ils ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour. Par les arrêtés attaqués du 24 juin 2022, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de leur accorder des titres de séjour et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

2. Les requêtes n°2204624 et n°2204628 concernent un couple d'étrangers et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. et Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. M. et Mme F sont présents sur le territoire français depuis sept ans. M. F justifie avoir travaillé de février 2019 à juin 2022. Il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée au sein de la SARL Couleur de Cimes depuis le 15 juillet 2019. Un avis favorable à la demande d'autorisation de travail formée par cette société a été émis le 18 novembre 2021 par la plateforme Main d'œuvre étrangère. L'intéressé a également fait l'objet d'une évolution au sein de cette société, ayant débuté comme peintre ouvrier et étant désormais devenu chef d'équipe. Ses qualités professionnelles ont été reconnues par son employeur, qui le considère comme un élément moteur de l'entreprise. Son épouse, Mme F bénéficie également d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel depuis le 4 avril 2019 au sein d'une entreprise de nettoyage. Elle dispose également d'une promesse d'embauche en date du 9 juin 2021 au sein d'un hôtel-spa en qualité de femme de chambre, sous réserve de l'obtention d'une autorisation de travail. Ses qualités professionnelles ont également été soulignées par son employeur et ses clients. En outre, le couple entretient de bonnes relations professionnelles, de voisinage et amicales. Les deux enfants du couple étaient scolarisés respectivement en moyenne section de maternelle et cours préparatoire en 2021-2022 et se sont montrés comme des élèves sérieux et appliqués. Enfin, Mme F est enceinte de jumeaux dont l'accouchement est prévu le 21 décembre 2022. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, et compte tenu notamment de la durée de présence et de l'intégration des intéressés, ceux-ci sont fondés à soutenir que le refus de les admettre exceptionnellement au séjour au titre de leur vie privée et familiale est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme F sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du 24 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Haute-Savoie délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. et Mme F et les mette en possession dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail. Ces mesures d'exécution doivent être prescrites, assorties de délais d'exécution respectifs de trois mois et huit jours courant à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais de procès :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Djinderedjian au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :

Article 2 : M. et Mme F sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Les arrêtés du 24 juin 2022 sont annulés.

Article 3 :

Article 4 :Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. et Mme F et A les mettre en possession dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, dans des délais respectifs de trois mois et huit jours courant à compter de la date de notification du présent jugement.

L'Etat versera à Me Djinderedjian une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 :

Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Mme D E épouse F, à Me Djinderedjian et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le président, rapporteur,

C. C

La première assesseure,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204624 - 2204628

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