vendredi 12 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204626 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 5 |
| Avocat requérant | ROUVIER |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022 sous le numéro 2204626, Mme A D épouse C, représentée par Me Rouvier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) de faire application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- le signataire de l'acte n'est pas compétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, des droits de la défense et du principe de bonne administration ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'octroi d'un délai de départ :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de destination sera annulée en conséquence de l'illégalité des précédentes décisions.
II- Par une requête enregistrée le 30 juillet 2022 sous le numéro 2204842, M. B C, représenté par Me Rouvier, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 6 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination ;
3°) de faire application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable dès lors que la décision attaquée lui a été notifiée sans l'assistance d'un interprète et qu'il n'a pas été informé de la faculté de former un recours devant le chef d'établissement de la maison d'arrêt ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- le signataire de l'acte n'est pas compétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, des droits de la défense et du principe de bonne administration ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'octroi d'un délai de départ :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de destination sera annulée en conséquence de l'illégalité des précédentes décisions.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la demande dirigée contre un acte individuel qui ne le concerne pas est irrecevable ;
- il n'existe pas de faculté de former un recours devant le chef de la maison d'arrêt ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces de ces dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailleul, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- et les observations de Me Huard substituant Me Rouvier représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. et Mme C, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2204626 et 2204842 concernent un couple d'étrangers. Il y a lieu de les joindre pour se prononcer par un même jugement.
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".
4. M. et Mme C, ressortissants algériens nés en 1991 et en 2000, ont enregistré une demande d'asile en mai 2021 à leur arrivée en France. Par une décision du 24 avril 2022, la cour nationale du droit d'asile a confirmé la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 janvier 2022 rejetant leur demande d'asile. Par arrêté du 7 juillet 2022, le préfet de l'Isère a obligé Mme C à quitter le territoire dans un délai de trente jours sur le fondement des dispositions citées au point précédent. Par un arrêté du 6 juillet 2022, il a obligé M. C alors en détention à quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.
5. Les arrêtés ont été signés par Mme Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet, en l'absence de la secrétaire générale de la préfecture de l'Isère.
6. Les décisions comportent les motifs de droit et de fait en constituant le fondement et sont ainsi suffisamment motivées.
7. M. et Mme C ne font état dans leurs recours d'aucun fait susceptible d'influer sur le sens des décisions prises par le préfet. Ils ne sont, dans ces conditions, pas fondés à soutenir que les mesures d'éloignement sont intervenues en méconnaissance du droit d'être entendu énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux.
8. M. et Mme C sont présents en France depuis un an et ne justifient pas d'attaches sur le territoire alors que leurs familles résident en Algérie. En outre, M. C a été interpellé en novembre 2021 pour des faits de vol à la roulotte et dégradation volontaire du bien d'autrui. Il a été incarcéré en mars 2022 pour des faits de vols aggravés par deux circonstances et purgeait encore sa peine à la date de l'arrêté en litige. Par suite, les décisions obligeant M. et Mme C à quitter le territoire ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions les obligeant à quitter le territoire. Au demeurant, leurs demandes d'asiles ont été définitivement rejetées et ils n'établissent pas l'existence de risques en cas de retour dans leur pays.
10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
11. La décision octroyant un délai de départ de trente jours à Mme C n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique dès lors que la requérante ne s'est prévalue d'aucune circonstance susceptible de justifier l'octroi d'un délai de départ supplémentaire. Ainsi, les moyens tirés de l'absence de motivation, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
13. Pour refuser d'accorder un délai de départ à M. C, le préfet s'est fondé sur les dispositions citées au point précédent. Il énonce dans sa décision que M. C a affirmé son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement, qu'il ne possède pas de documents d'identité et de voyage et qu'il a volontairement induit en erreur les forces de l'ordre en se présentant sous une date et un lieu de naissance différents. En refusant d'accorder un délai de départ au requérant, le préfet qui a suffisamment motivé sa décision, n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de ce qui précède que les obligations de quitter le territoire français n'étant pas illégales, il n'y a pas lieu d'annuler, en conséquence, les décisions fixant le pays de destination.
15. Les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. et Mme C doivent, par suite, être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête de M. C.
16. L'Etat n'étant pas partie perdante, les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C, à M. B C, à Me Rouvier et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2022.
Le magistrat désigné,
C. BailleulLe greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 220484
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026