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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204634

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204634

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantBOULLOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 juillet 2022 et le 11 juillet 2023, M. C D, représenté par Me Boulloud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a suspendu son permis de conduire pour une durée de douze mois et la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'admiration dès lors qu'il a été dans l'impossibilité de formuler des observations préalables ;

- est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a jamais consommé de produits stupéfiants ;

- est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Suite à un accident de la circulation survenu le 31 janvier 2022 ayant conduit au décès d'une personne, un dépistage de stupéfiants a été réalisé sur M. D, qui s'est révélé positif. Par un arrêté du 2 février 2022, le préfet de l'Isère a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de douze mois. M. D demande l'annulation de cette décision ainsi que celle de la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 28 mars 2022.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E F, adjointe au chef du bureau des politiques publiques de sécurité, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet en vertu d'un arrêté du préfet de l'Isère du 6 décembre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture qui lui donnait compétence pour signer la décision litigieuse en cas d'absence ou d'empêchement de sa cheffe de bureau. Il n'est pas établi que la cheffe du bureau n'aurait pas été absente ou empêchée le 2 février 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : () 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ;() . II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, de refus d'obtempérer commis dans les conditions prévues à l'article L. 233-1-1, de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2. ".

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " L'article L. 121-2 du même code dispose : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ".

5. La décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations dans les conditions prévues par ces dispositions. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que celui-ci a été pris au motif que M. D a été contrôlé comme positif à un produit stupéfiant. Eu égard au délai de soixante-douze heures laissé au préfet pour prononcer la suspension du permis de conduire et à la gravité de l'infraction commise par M. D, le préfet de l'Isère doit être regardé comme ayant été placé dans une situation d'urgence pour l'application des dispositions précitées. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée, prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route citées ci-dessus, est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ou du principe général des droits de la défense, faute pour le préfet de l'avoir mis à même de présenter ses observations.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que deux rapports d'analyse toxicologiques successifs ont révélé la présence dans l'organisme de M. D B et le requérant ne peut utilement se prévaloir d'analyses réalisées postérieurement à l'accident par un laboratoire privé. Il ne justifie pas que le tribunal judicaire aurait pris en sa faveur une ordonnance de non-lieu ou un jugement de relaxe pour les fais de conduite sous l'emprise de stupéfiants. Enfin, eu égard à la gravité de l'infraction commise et au danger que ce comportement de conduite créé pour tous les usagers de la route, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Isère, a, par l'arrêté contesté, prononcé pour une durée de douze mois la suspension de la validité du permis de conduire de M. D sur le fondement des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route, sans que le requérant ne puisse se prévaloir des conséquences de cette mesure sur son activité professionnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet de l'Isère a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de douze mois et de la décision implicite rejetant son recours gracieux. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204634

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