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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204663

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204663

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantKUMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Kummer, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de travail dans le délai de 8 jours, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 30 jours à compter de la date de notification du jugement sous astreinte journalière de 150 euros ou, subsidiairement, après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dès notification du jugement sous astreinte journalière de 150 euros, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivé ;

- le préfet de l'Isère a commis une erreur manifeste dans la qualification des faits ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour prive l'obligation de quitter le territoire français de base légale ;

- cette obligation a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- cette obligation n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture d'instruction a été fixée au 26 août 2022 à 12 heures par ordonnance du 29 juillet 2022.

Le mémoire présenté par M. A le 9 septembre 2022 n'a pas été communiqué.

Le mémoire en défense présenté par le préfet de l'Isère le 15 septembre 2022 n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République togolaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signé à Lomé le 13 juin 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- et les observations de Me Kummer représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant togolais, est entré en France en août 2017 sous couvert d'un titre de séjour étudiant. Après deux échecs successifs en première année de master d'anthropologie au cours des années universitaires 2017-2018 et 2018-2019, il a obtenu, au cours des deux années suivantes, un master 2 de sciences sociales parcours " évaluation et management des politiques sociales ". Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir du refus que le préfet de l'Isère a opposé à sa demande tendant au renouvellement de ce titre dans le but de poursuivre une formation de niveau master intitulée " ingénieur d'affaires en hautes technologies " de janvier 2022 à février 2014.

2. Le refus de titre de séjour en litige comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent. Il satisfait, par suite, à l'exigence de motivation qu'imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du vice de forme dont il serait entaché doit donc être écarté.

3. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-togolaise : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation dans des disciplines spécialisées qui n'existent pas dans l'Etat d'origine sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants.

4. En l'espèce, si M. A a exercé un emploi de septembre 2021 à novembre 2021 puis a été embauché quelques jours en décembre 2021 et s'il a justifié, à la demande du tribunal, avoir reçu une aide financière ponctuelle d'une connaissance en mars 2021, il se trouvait, à la date du refus de titre de séjour contesté, sans revenu. Par suite, le préfet de l'Isère a exactement qualifié sa situation en estimant qu'il ne justifiait pas être en possession de moyens d'existence suffisants au sens des stipulations précitées. Le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet doit donc être écarté.

5. M. A ayant séjourné en France sous couvert de titres de séjour mention " étudiant ", il ne peut utilement invoquer la méconnaissance, par le refus de titre de séjour en litige, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen correspondant doit donc être écarté comme inopérant.

6. Pour les motifs exposés aux points 2 à 5, l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour, excipée à l'encontre de la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, doit être écartée.

7. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne la décision en litige, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français en litige.

9. Par application des principes précités, il appartenait à M. A, lors de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, de présenter, s'il l'estimait nécessaire, ses observations ou des éléments relatifs à sa situation personnelle auprès de l'autorité préfectorale compétente. En l'absence d'une telle démarche et alors que l'intéressé n'allègue pas en avoir été empêché, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement prise à son encontre méconnaîtrait le droit d'être entendu doit être écarté.

10. L'obligation comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent. Elle satisfait, par suite, à l'exigence de motivation qu'impose l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de forme dont elle serait entachée doit donc être écarté.

11. A la date de l'obligation contestée, M. A ne résidait en France que depuis 4 ans sous couvert d'un titre de séjour ne lui donnant pas vocation à y demeurer alors qu'il a vécu dans son pays d'origine, où il conserve nécessairement des attaches personnelles, jusqu'à l'âge de 24 ans. Ses activités professionnelles ne suffisent pas à caractériser une intégration particulière dans la société française. Par suite, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance, par l'obligation de quitter le territoire français contestée, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation entachant cette décision doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir et, par voie de conséquence, d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

13. Il en va de même, eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, des conclusions qu'il présente au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Kummer et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

Mme Coutarel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204663

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