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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204671

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204671

vendredi 19 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 5
Avocat requérantSCP COUDERC-ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2022, M. C A représenté par la SCP Couderc-Zouine demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de cinq jours et jusqu'à ce que la CNDA ait statué ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté préfectoral du 7 juillet 2022 dans l'attente de la décision à venir de la CNDA statuant sur l'examen du caractère définitif de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rendue le 13 août 2021, voire de la décision qui sera rendue ensuite de la demande de réexamen de la demande d'asile enregistrée le 18 février 2022 ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à payer au conseil de M. A, à charge pour ledit conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle et ce en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- La signataire de l'arrêté n'avait pas délégation ;

- La décision méconnaît l'article 8 de la CEDH et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation;

- La décision fixant le délai de départ est illégale par exception d'illégalité de la décision d'OQTF ;

- La décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de la décision d'OQTF

- La décision fixant le pays de destination méconnait l'article 3 de la CEDH ;

Par un mémoire enregistré le 12 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie a conclu au rejet de la requête

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Garde, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 août 2022, tenue en présence de M. Muller, greffier d'audience, M. Garde, magistrat désigné, a lu son rapport et entendu les observations de Me Lefevre pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien né en décembre 1995, a déclaré être entré en France le 19 avril 2019. La France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile le 22 décembre 2020. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 31 mai 2021, puis par la CNDA le 1er avril 2022. M. A a présenté une demande de réexamen auprès de l'OFPRA le 13 juin 2022, rejetée comme irrecevable le 14 juin 2022. Par un arrêté du 7 juillet 2022, le préfet de la Haute-Savoie a refusé l'admission au séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a assorti sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 18 février 2022, M. A indique qu'il a formé un recours devant la CNDA contre le rejet de sa demande de réexamen par l'OFPRA.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté litigieux :

3. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant elle, par la Cour nationale du droit d'asile.

5. M. A soutient en premier lieu que la signataire de l'arrêté litigieux n'avait pas délégation pour ce faire. Toutefois, par arrêté du 3 mai 2022, le préfet de la Haute-Savoie a donné délégation à Mme B pour signer diverses décisions, dont celle en litige. Par suite le moyen manque en fait.

6. M. A soutient en deuxième lieu que la décision méconnait son droit à une vie privée et familiale normale, en ce qu'il est depuis près de trois ans compagnon dans une communauté d'Emmaüs, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il ne fait état d'aucun lien particulier noué à cette occasion, alors même que sa femme et ses quatre enfants résident en Mauritanie ou, selon les explications apportées à la barre, au Sénégal. Par suite ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

7. M. A soutient que les décisions relatives au délai de départ volontaire et au pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire. Toutefois, pour les motifs figurant aux points 5 et 6, ces moyens doivent être écartés.

8. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains dégradants ".

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " [] Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. M. A soutient que son retour en Mauritanie l'exposerait à des risques de persécutions et de traitements contraires aux stipulations de l'article 3 précité et aux dispositions de l'article L. 721-4 précité. Toutefois, si l'intéressé produit un récit de son activité au sein de la gendarmerie de son pays et de sa participation à ce titre à un contingent de l'ONU au Centrafrique, et affirme qu'il a été victime de brimades et d'incarcérations extrajudiciaires, il ne l'assortit d'aucun élément de preuve, ni d'aucune justification quant à la réalité des risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, ce récit n'a pas été de nature à emporter la conviction de l'OFPRA ou de la CNDA.

11. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

Sur les conclusions en suspension

12. M. A demande, sur le fondement de l'article L 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision litigieuse soit suspendue dans l'attente de la décision de la CNDA statuant sur sa demande de réexamen. Toutefois, il ne mentionne pas par quel raisonnement il entend écarter l'irrecevabilité qui lui a été opposée par l'OFPRA, ni quels sont les éléments nouveaux qu'il entend produire au soutien de sa demande. Par ailleurs, il ne se prévaut d'aucune circonstance ni ne produit aucune pièce susceptible de démontrer la nécessité pour lui de se maintenir en France jusqu'à ce que la CNDA, devant laquelle il peut se faire représenter, ait statué sur son recours contre la décision de l'OFPRA ou que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français en litige serait susceptible de lui faire courir des risques contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite sa demande de suspension n'est pas assortie d'éléments suffisants pour en apprécier le bien-fondé et ne peut qu'être rejetée.

13. Il résulte de tout qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2022, par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination, ni la suspension dudit arrêté. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Haute-Savoie et la SCP Couderc-Zouine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2022.

Le magistrat désigné,

F. GARDE

Le greffier,

P. MULLER La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204671

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