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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204686

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204686

dimanche 31 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022, M. E, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la directrice de l'OFII du 16 mai 2022 refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire née le 25 juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre à la directrice de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, à compter de la date du refus, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.

M. E soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L.551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; si la demande d'asile le concernant a été enregistrée comme une demande de réexamen, en revanche celles de ses enfants nés en 2015 et 2019 ont été enregistrées en tant que premières demandes et en vertu de l'article L.551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les enfants doivent se voir proposer par l'OFII les conditions matérielles d'accueil ;

- méconnaît le dernier alinéa de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile supposant un examen de la vulnérabilité du défendeur, cet examen de vulnérabilité étant distinct d'un examen de la situation familiale et personnelle, la vulnérabilité pouvant ressortir de l'état de santé, de l'âge, d'une fragilité sociale, d'un handicap ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

l'OFII conteste les moyens invoqués.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fourcade a été entendus au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. G est entré en France en 2014 accompagné de son épouse, Mme F. Leur fils ainé B est né le 15 octobre 2015. Le 7 janvier 2016, M. E a formé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 mai 2015 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 1er avril 2016. La demande d'asile de Mme F a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 février 2016 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 11 avril 2017. Le couple a eu un second enfant, A, le 22 avril 2019, avant de se séparer.

2. Le 16 mai 2022, M. E a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile et des demandes d'asiles ont été enregistrées pour les deux enfants. Par une décision du même jour l'OFII a refusé d'accorder aux intéressés le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 25 mai 2022, M. E a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, rejeté implicitement.

3. M. E et ses deux enfants ont obtenu le statut de réfugié par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 décembre 2022.

4. Aux termes de l'article D.551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. "

5. Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ". Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme dirigées exclusivement à l'encontre de la décision implicite du 25 juillet 2022.

6. Le requérant n'ayant pas demandé, en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision implicite qui lui a été opposée, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ". Aux termes de l'article L. 531-23 : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents présentée dans les conditions prévues à l'article L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable aux enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. "

8. D'autre part, l'article L. 521-13 de ce code fait obligation au demandeur d'asile de " coopérer avec l'autorité administrative compétente en vue d'établir son identité, sa nationalité ou ses nationalités, sa situation familiale, son parcours depuis son pays d'origine ainsi que, le cas échéant, ses demandes d'asile antérieures " et, aux termes de l'article L. 531-5 du même code : " de présenter, aussi rapidement que possible, tous les éléments nécessaires pour étayer sa demande d'asile. () ". L'article L. 531-9 de ce code dispose que : " Si des éléments nouveaux sont présentés par le demandeur d'asile alors que la procédure concernant sa demande est en cours, ils sont examinés, dans le cadre de cette procédure, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'il n'a pas encore statué ou par la Cour nationale du droit d'asile si elle est saisie ".

9. Enfin, l'article L.551-15 du même code prévoit que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé si le demandeur " présente une demande de réexamen de sa demande d'asile " mais que cette décision " prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L.531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. (). "

10. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent.

11. En premier lieu, le fils aîné du requérant étant né antérieurement à la première demande d'asile formée par son père, les décisions rejetant cette demande d'asile sont réputées l'être à l'égard du demandeur et de l'enfant B. C'est donc sans commettre d'erreur de droit que l'OFII a qualifié les demandées enregistré pour le requérant et son fils ainé de demande de réexamen.

12. En deuxième lieu, si les décisions de refus opposées à la première demande de M. E ne peuvent être regardées comme étant rendues à l'égard de l'enfant A, né postérieurement à leur édiction, le requérant ne fait valoir aucune crainte propre à l'enfant. Par suite, la demande formée le 16 mai 2022, deux ans après la naissance de A, doit être regardée comme étant la simple association de ce dernier, en application de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la demande de réexamen formée par son père. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que l'OFII a étendu la qualification de " demande de réexamen " à cet enfant.

13. Dès lors, l'OFII pouvait refuser à la famille le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L.551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve d'un examen au cas par cas tenant notamment compte de la présence au sein de la famille des mineurs.

14. En l'espèce, il ressort de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité des intéressés que la famille était hébergée. Par suite et malgré le jeune âge des enfants, l'OFII en édictant la décision contestée n'a méconnu ni les dispositions précitées ni l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales prohibant les traitements inhumains et dégradants. Pour les mêmes motifs, l'OFII n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle des intéressés.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées. Il en va de même par voie de conséquence des conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient

M. Vial-Pailler, président,

Mme Permingeat, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2023.

La rapporteure,

F. FOURCADE

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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