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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204696

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204696

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAISONOBE - OLLIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Ollivier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous la même condition d'astreinte, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois, sous la même condition d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- la signataire de la décision ne justifie pas de sa compétence ;

- elle méconnait l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

- sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Coutarel, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien né en 1992, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 mai 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours tout en fixant le pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet du 2 février 2022 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article L. 422-2 du même code : " La carte de séjour prévue à l'article L. 422-1 est également délivrée lors de sa première admission au séjour, sans avoir à justifier de ses conditions d'existence et sans que soit exigée la condition prévue à l'article L. 412-1, à l'étranger ayant satisfait aux épreuves du concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'Etat. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, à partir de l'ensemble des pièces du dossier, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en septembre 2018 sous couvert d'un visa long séjour afin d'y poursuivre des études. Au titre de l'année universitaire 2018-2019 il a obtenu un diplôme de maîtrise en sciences humaines et sociales mention " histoire ". Au titre de l'année 2019-2020, il s'est inscrit en première année de master " urbanisme " où il a validé son second semestre mais a été ajourné au premier. Il a ensuite été inscrit en deuxième année de master d'histoire pour l'année 2020-2021 où il a été déclaré défaillant à toutes les unités d'enseignement en raison d'absences injustifiées. Si le requérant se prévaut d'une inscription pour l'année 2021-2022 en licence 3 économie et gestion, après deux années non validées, il ne justifie d'aucun projet professionnel permettant d'expliquer son inscription à une formation inférieure à son niveau d'étude. Dans ces conditions, le préfet n'a pas fait une application erronée de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour étudiant au motif que le sérieux et la progression des études faisaient défaut.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. A soutient qu'il réside en France depuis 2018 où il est parfaitement intégré et qu'il y dispose de l'essentiel de ses attaches sociales étant fiancé à une ressortissante ukrainienne autorisée à résider en France depuis le 5 mai 2022. Toutefois, le titre de séjour " étudiant " sous couvert duquel il a résidé en France est nécessairement temporaire, circonscrit à un objet et une durée déterminée, et n'a ainsi pas vocation à lui permettre de s'installer durablement sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Le requérant qui n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut utilement en invoquer la méconnaissance.

Sur l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour pour demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Ainsi qu'il a été dit au point 7, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains dégradants ".

12. Si M. A invoque l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été abrogé par l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, il doit être regardé comme ayant entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 721-4 du même code, qui s'y sont substituées, selon lesquelles " un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

13. En se prévalant d'un article de presse paru dans le journal Le Nouvelliste Haïti, M. A ne rapporte pas la preuve des risques d'homicide et de kidnapping qu'il déclare encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance par la décision fixant son pays de destination, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions aux fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 :

La requête de M. A est rejetée. Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Ollivier et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme D et Mme B, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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