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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204716

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204716

mercredi 17 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 6
Avocat requérantCOMBES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, M. A F E, représenté par Me Combes, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2)° d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer toute mention de M. E du fichier Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

Par un mémoire enregistré le 3 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Combes, avocat de M. E, qui reprend à l'audience les moyens et les conclusions de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F E, ressortissant nigérian, né le 17 juillet 1982, déclare être entré irrégulièrement en France, le 8 juillet 2019. Il a présenté une demande d'asile, le 17 juillet 2019. Il a fait l'objet d'une procédure " Dublin ". La demande d'asile a été reprise par la France, le 9 janvier 2020. Elle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), 16 septembre 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 6 avril 2022. Par un arrêté du 21 juin 2022, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination. M. E demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. E, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté du 21 juin 2022 a été signé par Mme D B, sous-préfète de la Tour du Pin, titulaire d'une délégation de signature consentie à cet effet par arrêté du 2 février 2022, publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. E serait entré en France, le 8 juillet 2019, selon ses déclarations. Il ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire national. En outre, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. La circonstance que la demande d'asile de sa compagne fasse l'objet d'un recours, devant la Cour nationale du droit d'asile, n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Par ailleurs, la reconnaissance anticipée de l'enfant du couple, postérieure à la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité. Enfin, le requérant, dont la compagne est de même nationalité, ne démontre pas que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer hors de France. Dans ces conditions, compte tenu notamment du caractère récent de son séjour en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, l'autorité administrative n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. E est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F E, à Me Combes et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2022.

La magistrate désignée,

N. C

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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