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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204718

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204718

mercredi 17 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 6
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, Mme C D épouse A, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une carte de séjour, ou de procéder sans délai au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans l'attente de l'instruction de son dossier, un récépissé de demande de carte de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour est entachée d'une insuffisance de motivation dans la mesure où le préfet n'a pas tenu compte des critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 5 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D épouse A, ressortissante kosovare, née le 8 juin 1996, déclare être entrée irrégulièrement en France, le 3 mai 2021. Elle a présenté une demande d'asile, le 5 mai 2021, qui a fait l'objet d'une décision de rejet, le 1er juin 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 15 février 2022. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a déclaré sa demande de réexamen de sa demande d'asile irrecevable, le 12 mai 2022. Par un arrêté du 7 juillet 2022, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme D a demandé que les frais d'instance mis à la charge de l'Etat soient versés à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Ainsi, elle doit être regardée comme ayant sollicité l'aide juridictionnelle provisoire. Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de l'intéressée, il convient de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Mme D serait entrée en France, le 3 mai 2021, selon ses déclarations. Elle ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire national. Elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, rien ne fait obstacle à ce que son fils, âgé de quatre ans, poursuive sa scolarité hors de France. Compte tenu notamment du caractère récent de son séjour en France, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Mme D ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite. Par ailleurs, si elle fait valoir qu'elle serait exposée à de graves dangers en cas de retour au Kosovo où vit sa famille ou en Serbie où réside son époux, les éléments qu'elle produit ne permettent pas d'établir la réalité des dangers qu'elle allègue. En outre, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, puis par la CNDA. Les menaces auxquelles Mme D dit être exposée en cas de retour au Kosovo ont été estimées peu crédibles et ses craintes énoncées à l'égard de la Serbie n'ont pas davantage été considérées comme convaincantes. Au surplus, l'intéressée ne démontre pas que les services de police du Kosovo ou de la Serbie seraient dans l'incapacité d'assurer sa protection ainsi que le fait valoir l'administration en défense. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas encourir des risques en cas de retour dans son pays d'origine ou en Serbie. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, la décision prononçant à l'encontre de Mme D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui vise les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressée est présente sur le territoire national depuis un an et deux mois, qu'elle ne justifie pas d'attaches familiales en France, qu'elle n'est pas démunie de liens familiaux dans son pays d'origine et que cette décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ces motifs établissent que l'autorité administrative a pris en considération les critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision contestée est suffisamment motivée. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet de la Haute-Savoie a notamment apprécié son degré d'intégration en France. Par suite, le moyen doit être écarté. Compte tenu des motifs précités, l'autorité administrative n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit ni davantage d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Mme D est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2022.

La magistrate désignée,

N. B

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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