vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204768 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juillet 2022 et le 2 août 2022, M. C B, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* La décision portant refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur de fait ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part dans la mesure où le préfet n'a pas tiré les conséquences de l'annulation de son précédent arrêté du 16 juillet 2021 pour erreur de droit par un jugement du tribunal administratif du 25 janvier 2022 et, d'autre part, dans la mesure où il remplit les conditions pour obtenir une carte de séjour sur ce fondement ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
* La décision fixant le pays de destination :
- est illégale compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,
- les observations de Me Marcel, substituant Me Mathis, représentant M. B, en présence de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant albanais né en 2003, a déclaré être entré en France le 13 octobre 2018. Le 29 octobre 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-22 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 juillet 2021, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 25 janvier 2022, le tribunal administratif de Grenoble a annulé cet arrêté, le recours en appel du préfet contre ce jugement ayant été rejeté par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 20 octobre 2022. Le 11 mars 2022, le préfet de la Savoie a pris à l'encontre de M. B un nouvel arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, en exécution de l'injonction prononcée par le tribunal administratif de Grenoble le 25 janvier 2022. M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2022.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Savoie a estimé que la venue de M. B en France n'était pas due à une rupture involontaire de ses liens familiaux, et ce après avoir pris en compte les différentes déclarations de l'intéressé, parfois contradictoires, concernant les circonstances de son arrivée. D'autre part, le préfet de la Savoie a considéré que les éléments du dossier ne permettaient pas de conclure à une insertion particulière dans la société française, après appréciation des pièces fournies par l'étranger. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché, à ces deux titres, d'erreur de fait.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit pour motif familial, présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
6. D'une part, il ressort de la décision attaquée que pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de la Savoie a notamment relevé que ses bulletins scolaires font état de difficultés de compréhension de la langue française, d'irrégularités dans son travail et de nombreuses absences pendant le premier semestre de l'année scolaire 2020-2021. Il a également relevé que M. B avait précisé dans un courrier d'octobre 2021 avoir contacté sa mère quatre mois après son entrée en France et entretenir des liens avec l'une de ses sœurs, dont il connaît les conditions de vie. Le préfet a également relevé que la structure d'accueil avait rendu un avis favorable sur l'insertion de M. B dans la société française. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que dans son appréciation globale de sa situation, le préfet de la Savoie n'aurait pas pris en compte les éléments mentionnés par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que le préfet de la Savoie ait pris en compte d'autres éléments est à cet égard sans incidence.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si M. B a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle en qualité d'opérateur logistique en juin 2021 et a été apprécié de ses directeurs de stage, il a, au cours du second semestre de l'année scolaire 2020-2021, été absent de façon injustifiée pendant 15 demi-journées. En outre, ses appréciations traduisent un travail relativement satisfaisant mais également irrégulier et empreint d'un manque d'investissement. Par ailleurs, le préfet de la Savoie a relevé que si M. B a déclaré ne plus avoir de liens avec sa famille, ses déclarations quant à ses conditions d'entrée en France ont été contradictoires et il a également déclaré en octobre 2021 avoir contacté sa mère quatre mois après son arrivée en France et entretenir des liens avec une de ses sœurs. Dans ces circonstances, et malgré l'avis favorable de la structure d'accueil de l'intéressé, le préfet de la Savoie n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
9. M. B se prévaut de la formation qu'il a suivie, de la conclusion d'un contrat à durée indéterminée, de l'avis favorable de sa structure d'accueil, de l'absence de liens affectifs forts avec sa famille d'origine ainsi que de son insertion dans la société française. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard à la situation professionnelle et personnelle de l'intéressé à la date de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Savoie ait entaché son refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que cette situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. M. B est présent sur le territoire français depuis trois ans et demi à la date de la décision attaquée. S'il a bénéficié d'une prise en charge en France et a pu obtenir un certificat d'aptitude professionnelle, il ne justifie pas, compte tenu des pièces du dossier, d'une insertion dans la société française d'une intensité particulière. Enfin, il ne serait pas dépourvu de tout lien avec une partie de sa famille, qui réside encore dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, et compte tenu de la durée et des conditions de séjour de M. B en France, la décision portant refus de titre de séjour attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. En sixième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'ayant pas été déclarée illégale, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses prétentions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
14. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.
Sur la décision fixant le pays de destination :
15. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'ayant pas été déclarées illégales, M. B n'est pas fondé à exciper de leur illégalité au soutien de ses prétentions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Mathis et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026