vendredi 12 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2022, le préfet de l'Isère demande au juge des référés :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme D A du lieu d'hébergement qu'elle occupe indûment à l'adresse suivante : Huda Adoma La Verpillère 44 avenue d'Artois BP 34 à Saint-Quentin-Fallavier (38291) ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée de l'intéressée ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles à l'association Adoma, gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A, à défaut pour celle-ci d'avoir emporté ses effets personnels.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;
- la requête est recevable ;
- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que Mme A a été définitivement déboutée de sa demande d'asile et qu'elle occupe irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;
- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2022, Mme D A, représentée par Me Huard, demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de six mois lui soit accordé pour quitter les lieux et qu'il soit enjoint au préfet de lui proposer un logement avant son expulsion.
Elle soutient que :
- Le préfet ne justifie pas ses allégations s'agissant du nombre de places nécessaires au titre de l'asile ; les chiffres qu'il cite ont plus de six mois et ne caractérisent pas une urgence à expulser Mme A et ses enfants mineurs ;
- La décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation du directeur du lieu d'hébergement conformément à l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- La décision porte atteinte à sa vie privée et familiale et à l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'aucune solution de relogement ne lui est proposée et qu'elle se retrouvera à la rue avec deux jeunes enfants ;
- Les dispositions de l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles imposent une solution de relogement avant toute expulsion ;
- Le droit à un hébergement opposable lui est ouvert même en l'absence de droit au séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur la demande de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller qui a relevé d'office en application de l'article R. 522-9 du code de justice administrative, l'irrecevabilité devant le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, des conclusions reconventionnelles formulées à titre subsidiaire par Mme A ;
- les observations de M. C représentant le préfet de l'Isère ;
- les observations de Me Huard représentant Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête du préfet de l'Isère, il y a lieu d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire à Mme A en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. Il résulte des dispositions citées aux points précédents que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Les conclusions reconventionnelles présentées à titre subsidiaire par Mme A tendant à l'octroi d'un délai de départ de six mois et à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui proposer un hébergement avant son expulsion font naître un litige distinct qu'il n'appartient pas au juge saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative de connaître. En outre, le même juge chargé d'examiner l'existence de contestations sérieuses à l'expulsion de l'occupant sans titre du lieu d'hébergement, il ne lui appartient pas d'accorder à cet occupant un délai pour se maintenir dans les lieux. Par suite, les conclusions présentées à titre subsidiaire par Mme A sont irrecevables.
6. Mme A, de nationalité guinéenne, a été admise le 18 mars 2021 dans un logement géré par l'association Adoma situé à Saint-Quentin-Fallavier (Isère). Sa demande d'asile a été rejetée par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile intervenues le 30 octobre 2020 et le 15 novembre 2021. Par ailleurs, les deux demandes qu'elles a formulées au nom de ses enfants mineurs ont été définitivement rejetées le 30 octobre 2020 et le 24 janvier 2022. Le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a adressé, le 3 mars 2022, une notification de sortie de son lieu d'hébergement à compter du 4 avril 2022. Mme A s'y est toutefois maintenue en dépit d'une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de huit jours intervenue le 24 mai 2022. Par la présente requête, le préfet de l'Isère demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme A du logement qu'elle occupe et d'autoriser, en cas de besoin, le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux.
7. Aux termes de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".
8. Il résulte des termes de la lettre du 3 mars 2022 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la date de sortie du lieu d'hébergement, que le directeur d'établissement a été consulté avant la mise en œuvre de la procédure. En outre, le directeur de l'établissement lui a signifié par lettre du 13 avril 2022 qu'elle se maintenait sans droit ni titre dans son hébergement depuis le 4 avril 2022.
9. Les moyens tirés de ce que la mesure d'expulsion porterait atteinte à sa vie privée et familiale ou méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'aucune solution de relogement ne lui est proposée et qu'elle se retrouvera à la rue avec deux jeunes enfants, sont sans incidence sur son droit à occuper le logement.
10. Il résulte de ce qui précède que la demande d'expulsion présentée par le préfet de l'Isère ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
11. Le préfet de l'Isère expose qu'au 3 mai 2022, le département de l'Isère dispose de 2 328 places d'hébergement, contre 1 431 places en 2017. A cette même date, le taux d'occupation du dispositif était de 99 % et celui des dispositifs HUDA et CADA respectivement de 99,4 % et 98,6 %, le taux de vacance correspondant à des logements qui nécessitent d'importants travaux avant d'être réattribués. Enfin, 9,6 % des places sont occupées par des personnes dont la demande d'asile a été définitivement rejetée alors que 814 demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil sont en attente d'un hébergement. Ces chiffres qui sont actuels démontrent la saturation du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile. Le préfet est ainsi fondé à soutenir qu'il est utile et urgent que la personne dont la demande d'asile a été définitivement rejetée quitte l'hébergement dans lequel elle se maintient sans droit ni titre pour permettre l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile. La situation de Mme A, mère de deux enfants en bas âge, ne constitue pas eu égard aux chiffres rappelés ci-dessus une circonstance faisant obstacle à l'exécution de la mesure qui a pour objet l'hébergement de demandeurs d'asile ayant également des jeunes enfants.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion sans délai de
Mme A du logement géré par l'association Adoma. En l'absence de départ volontaire, le préfet de l'Isère est autorisé à faire procéder à son évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques du défendeur, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à Mme A de quitter sans délai le logement qu'elle occupe, Huda Adoma La Verpillère 44 avenue d'Artois BP 34 à Saint-Quentin-Fallavier (Isère).
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de Mme A, le préfet de l'Isère pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme A, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
Article 4 : Les conclusions tendant à ce qu'un hébergement d'urgence soit proposé à Mme A avant toute mesure d'expulsion sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme D A et à Me Huard. Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 12 août 2022.
Le juge des référés,
C. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026