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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204805

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204805

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces enregistrés le 28 juillet 2022 et le 28 septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " étudiant ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard et à défaut procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Mme C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 422-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- viole l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Par ordonnance du 10 août 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 29 septembre 2022.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Marcel, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 16 mai 1995 est entrée en France le 14 septembre 2016 sous couvert d'un visa long séjour afin de poursuivre ses études et a bénéficié de titres de séjours étudiants jusqu'au 11 novembre 2019. Elle a sollicité le 10 novembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 17 avril 2022, le préfet de la l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit, d'une manière complète, les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Dès lors, le préfet de l'Isère ne pouvait fonder son refus de renouvellement de titre de séjour étudiant sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables à la requérante.

3. Toutefois lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

4. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elles sont de portée équivalente, et que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie, puisque la procédure d'instruction de la demande est identique, et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces textes.

5. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " (). "

6. Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a, suite à son arrivée en France en septembre 2016, elle a validé au titre de l'année 2016-2017 une formation auprès du CNAM en matière de communication, qu'elle a validé au titre de l'année 2017-2018 un mastère 1 et au titre de l'année 2018-2019 un mastère 2 en génie des procédés et bio-procédés délivré par l'Université Grenoble Alpes, qu'au titre de l'année 2019-2020, ne parvenant pas à poursuivre en thèse, elle a validé un niveau B22 en langue anglaise à l'Université Grenoble Alpes, qu'autre titre de l'année 2020-2021 elle produit un justificatif de certification du 29 novembre 2020 délivré par l'école française intitulé " entrepreneur de TPE ", qu'enfin au titre de l'année scolaire 2021-2022 la requérante est inscrite en mastère 2, " manager en développement durable " auprès de l'ESI Business School - groupe EMA et produit une attestation d'assiduité. Malgré deux années 2019 et 2020 marquées par l'impossibilité de la requérante de poursuivre une thèse dans un contexte de pandémie, contrairement aux affirmations du préfet, Mme C justifie d'une parfaite réussite dans les formations suivies, son parcours d'étude au cours duquel son assiduité n'est pas remise en cause démontre une progression. Le Mastère 2 que poursuit actuellement Mme C vient compléter son cursus antérieur afin de lui permettre de combiner génie des procédés et management, ce qui traduit la cohérence dans le parcours suivi. Dans ces conditions, en estimant que la requérante ne justifiant pas de la cohérence et de la progression dans ses études, le préfet de l'Isère a, dans les circonstances de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, le refus de titre de séjour doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence les décisions portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard aux motifs du présent jugement et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y fasse obstacle, l'annulation de la décision contestée implique nécessairement que la Préfecture de l'Isère délivre à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Par suite, il y a lieu de prescrire à la Préfecture de l'Isère de prendre cette mesure dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser au conseil de Mme C une somme de 900 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Isère du 17 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours.

Article 3 : L'Etat versera à Me Marcel une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

Article 4 : Le présent jugement sera notifié Mme B C, à Me Marcel et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

M.Villard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. A

La présidente,

A. TRIOLET

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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