mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204816 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrée le 29 juillet et le 27 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté, en date du 7 juin 2022, par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
-le signataire de l'acte était incompétent ;
- le refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivé et révèle un défaut d'examen de sa situation ;
- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur de droit dès lors qu'elle dispose de ressources suffisantes ;
- il a commis une autre erreur de droit en n'examinant pas sa situation en tant qu'ascendant à charge ;
- le refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par deux mémoires, enregistrés les 26 septembre et 30 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il conteste chacun des moyens soulevés par la requérante.
Mme B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- et les observations de Me Schürmann, représentant Mme B.
Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 13 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1.Mme C B, ressortissante polonaise née le 17 octobre 1949, est entrée en France le 17 novembre 2017 selon ses déclarations. Le 12 avril 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 7 juin 2022, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2.Mme B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 août 2020. Dans ces conditions, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
3.L'arrêté a été signé par Mme Eléonore Lacroix, secrétaire générale de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par le préfet par arrêté du 24 septembre 2021, régulièrement publiée le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.
4.La décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé la délivrance d'un titre de séjour énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle satisfait donc à l'obligation de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et ne peut être regardée comme entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
5.Mme B soutient que le préfet de l'Isère aurait commis une erreur de droit en n'examinant pas sa demande en sa qualité d'ascendant à charge. Il ressort cependant de l'examen de la fiche de renseignement produit par le préfet de l'Isère que Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de sa qualité de " ressortissante européenne, rapprochement familial des enfants, séjour sur le territoire français longue durée 5 ans ", et que le préfet a examiné sa demande sur le fondement des dispositions combinées du 2° et du 4° de l'article L. 233-1 et de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux ressortissants européens qui rejoignent un citoyen de l'Union européenne membre de leur famille. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit manque en fait et doit être écarté.
6.Aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".
7.Mme B soutient qu'elle dispose de ressources suffisantes en France, composée d'une allocation retraite au titre du régime polonais de 170 euros, outre deux primes de 420 euros chacune par an, ainsi que d'une allocation retraite versée au titre du régime français de 232,50 euros mensuel. Elle fait également valoir qu'elle bénéficie du soutien de ses deux filles, qui sont co-titulaires de son bail et de son contrat d'électricité, et qui disposent de ressources suffisantes pour la prendre en charge. Il ressort cependant des pièces du dossier que l'allocation retraite qui lui est versée par le régime français l'est au titre de la majoration du minimum contributif, et constitue donc une charge pour le système social, Mme B indiquant d'ailleurs n'avoir que brièvement travaillé en France en tant qu'aide à domicile, après son entrée sur le territoire national à l'âge de 68 ans. Elle perçoit par ailleurs l'allocation de solidarité aux personnes âgées pour un montant de 474,64 euros, qui constitue également une charge pour le système social. Elle a au demeurant bénéficié de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de la présente instance en se prévalant de son absence de ressources. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère a pu considérer à bon droit qu'elle constituait une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale, à supposer même que ses filles lui apporteraient une aide financière. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
8.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9.Pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, Mme B fait valoir qu'elle réside en France depuis 2017 auprès de ses deux filles de nationalité française, et qu'elle ne dispose plus d'attaches familiales en Pologne à la suite du décès de son mari le 11 novembre 2017. Il ressort cependant des pièces du dossier que l'intéressée n'est pas dépourvue de tous liens familiaux dans son pays d'origine où réside encore un de ses enfants, quand bien même celui-ci serait placé dans un foyer pour handicapé. Elle y dispose par ailleurs nécessairement d'attaches personnelles, y ayant vécu jusqu'à l'âge de 68 ans. Ainsi, dans les circonstances énoncées au point 7, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu des buts de sa mesure. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10.Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le préfet n'a pas entaché son refus d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
11.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à ce que lui soit attribuée l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête susvisée de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, et au préfet de l'Isère, ainsi qu'à Me Schürmann.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. A et M. D, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
Le rapporteur,
N. D
La présidente,
A. TRIOLET La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2204816
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026