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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204833

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204833

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2022, Mme C, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII) du 7 mars 2022 portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter du mois d'octobre 2021, dans un délai de 48h, sous astreinte de cent euros par jour de retard, à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration et des articles D. 551-18 et D.551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un vice de procédure au regard de la méconnaissance de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-est entachée d'un vice de procédure au regard de la méconnaissance de l'article L.522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-16 et D.551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de Mme A n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée à au 25 octobre 2023 par ordonnance du 10 octobre 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 mai 2022.

Les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen soulevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dans le temps par la décision attaquée, celle-ci étant fondée sur l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicable en l'espèce, Mme A ayant obtenu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 12 octobre 2018.

Par un mémoire enregistré le 13 mai 2024, l'Office de l'immigration et de l'intégration demande qu'à la base légale de l'arrêté attaqué soit substitué le 1° de l'article L. 744-8.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Wyss a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante somalienne, déclare être entrée sur le territoire français le 7 octobre 2018. Elle a déposé une demande d'asile à la préfecture de police de Paris enregistrée en procédure " Dublin " le 11 octobre 2018. Le 12 octobre, elle accepte l'offre de prise en charge par l'OFII et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 30 octobre 2018, la France a été informée que Mme A avait obtenu en Italie la protection internationale. Par un courrier notifié le 16 février 2022, Mme A a été informée que les services de l'OFII avaient l'intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil. Elle a présenté ses observations le 3 mars 2022 et par une décision du 7 mars 2022 dont la requérante demande l'annulation, l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Mme A ayant été initialement admise au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 12 octobre 2018, sa situation est régie par les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 et non par l'article L. 551-16 sur lequel est fondé la décision.

3. Si la décision litigieuse ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement () ".

5. L'OFII, qui fonde sa décision sur la circonstance que Mme A n'a pas fait état de ce qu'elle bénéficiait d'une protection en Italie et aurait livré des informations mensongères, a ainsi entendu lui retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, la requérante ne rentre dans aucun des cas prévus par l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 autorisant la suspension ou le retrait des conditions matérielles d'accueil, le 1° concernant les cas de suspension et le 2° de cet article ne visant que la dissimulation de ressources, la fourniture d'informations mensongères relatives à la situation familiale de l'intéressé ou des comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. Par suite, la demande de substitution de base légale demandée par l'Office ne peut être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice territoriale de l'OFII du 7 mars 2022 lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 551-14 : " Lorsque le droit au maintien de l'étranger a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prend fin dans les conditions suivantes : () 3° dans les autres cas, au terme du mois au cours duquel a expiré le délai de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé, au terme du mois au cours duquel la décision de la Cour nationale du droit d'asile a été lue en audience publique ou notifiée s'il est statué par ordonnance ".

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour Mme A rétroactivement à compter du 7 mars 2022, date de la décision attaquée, et jusqu'au 25 mai 2022, date de lecture en audience publique de la décision nationale du droit d'asile statuant sur le recours dirigé contre la décision du 3 septembre 2021 rejetant sa demande d'asile sur le fondement du 1° de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que cela ressort des pièces du dossier et, en particulier de la fiche " TelemOfpra " produite à l'instance. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir Mme A dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour la période du 7 mars 2022 au 25 mai 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 mars 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Grenoble a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir Mme A dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour la période du 7 mars 2022 au 25 mai 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Mathis.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Fourcade, premier conseiller,

Mme Pollet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024 .

Le président rapporteur,

J.P. WYSS

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

F. FOURCADELe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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