mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204849 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | KUMMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Kummer, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 juin 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours ; a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale dans le délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour et dans l'attente lui délivrer une autorisation de séjour dans le délai de 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat ou le Préfet de l'Isère une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est entaché d'incompétence de son signataire ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- il n'apparaît pas dans la décision déférée que le préfet de l'Isère ait étudié la possibilité
de procéder à une régularisation en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre des considérations humanitaires et circonstances exceptionnelles ;
- le préfet a donc entaché sa décision d'une erreur de droit en n'étudiant pas la possibilité
de procéder à une régularisation en application de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et prise en violation de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5° l'accord franco algérien ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle est entachée d'une méconnaissance du principe du droit à être entendu.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 13 octobre 2022 par une ordonnance du 23 août 2022.
M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 septembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D.
- les observations de Me Kummer, représentant M. B A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 6 juin 1991, de nationalité algérienne, déclare être entré en France avec son épouse Mme C le 27 janvier 2020. Il a déposé, le 28 juillet 2021, une demande de titre de séjour en application de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien. Par arrêté du 7 juin 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Lacroix, secrétaire générale de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 24 septembre 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. A et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à la vie privée du requérant ne constitue pas un défaut de motivation ni un défaut d'examen particulier de sa situation. Par suite ces deux moyens doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, si M. A soutient que le préfet de l'Isère aurait méconnu l'étendue de sa compétence en n'examinant pas sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre des considérations humanitaires et circonstances exceptionnelles et en n'exerçant pas son pouvoir de régularisation, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ait présenté une telle demande. Il ressort de la fiche de renseignements du 28 juillet 2021, remplie par M. A, que ce dernier a présenté une demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale sans faire état de circonstances particulières justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire, l'autorité administrative n'étant, en tout état de cause, pas tenue d'examiner une demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui sur lequel elle a été saisie.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5 au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En outre, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas aux ressortissants étrangers le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer leur vie privée et familiale.
7. M. A soutient qu'il est en mesure de faire valoir le soutien de Mme E qui a établi l'attestation d'hébergement et la présence en France de son oncle maternel, le frère de sa mère, que son épouse est venue en France en même temps que lui, qu'elle est restée avec lui pendant l'année 2020 mais est repartie le 3 janvier 2021, que même s'il est marié, leurs liens sont distendus, qu'ils n'ont pas d'enfant, qu'il a une formation de coiffeur et est en mesure de travailler en France, qu'il parle couramment le Français, qu'il a fait preuve de son investissement dans le collectif des demandeurs de titre de séjour en participant à la grande marche nationale jusqu'à Paris fin 2020 pour justement régulariser sa situation de séjour en France et montrer sa volonté pour ce faire, qu'il justifie de son séjour en France depuis janvier 2020.
8. Toutefois, M. A, sans enfant, est entré en France à l'âge de 29 ans et était présent sur le territoire depuis un peu plus de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. S'il dispose en France de liens familiaux, en la personne notamment de son oncle maternel, il n'est pas dépourvu de toute attache familiale en Algérie où résident notamment ses deux parents, ses deux frères et ses trois sœurs. La seule circonstance qu'il ait participé à des activités associatives et qu'il dispose d'une formation de coiffeur ne suffit pas à faire regarder l'arrêté attaqué comme portant au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ni, en tout état de cause, aux stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé.
9. En quatrième lieu, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère ait entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
11. M. A a été conduit, à l'occasion de sa demande de titre de séjour, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demandait que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de sa demande. Il ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, il serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartenait, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de présenter des observations susceptibles d'influer sur le contenu de la mesure prise à son encontre, le cas échéant avec l'assistance d'un conseil. En outre, le requérant ne fait valoir aucun élément concret qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, s'il avait pu être communiqué à temps, aurait été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
12. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président-rapporteur,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
C. D
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
PH. D'ARGENSON Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026