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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204851

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204851

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMAISONOBE - OLLIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire rectificatif enregistrés le 1er août 2022 et le 20 septembre 2022, M. B B C, représenté par la SCP Maisonobe Ollivier, demande au tribunal:

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2022-AF17 du 6 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte journalière de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ; subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement sous astreinte journalière de 100 euros, après remise sans délai d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B C soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il méconnaît les articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 5 octobre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 25 octobre 2022 le rapport de Mme FRAPOLLI.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant nigérien né le 15 septembre 1998, est entré en France le 26 août 2017 sous couvert d'un visa de long séjour pour y poursuivre ses études. A la suite, plusieurs titres de séjour en qualité d'étudiant lui ont été délivrés entre le 21 novembre 2018 et le 30 septembre 2021. Le 17 septembre 2021, il en a demandé le renouvellement sur les fondements des articles L. 433-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans la présente instance, il demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé du 6 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère a opposé un refus à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du 2 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la fin de l'année universitaire 2019-2020, M. B C a atteint le niveau Licence 3 en génie civil en validant successivement ses années d'études depuis 2017, date à laquelle il s'est inscrit pour la première fois à l'Université Grenoble Alpes. Ses résultats d'admission montrent un niveau stable, voire en légère baisse : 10,9/20 en 2018, 10,7/20 en 2019 et 10/20 en 2020. Refusé en master 1 en raison d'un niveau académique jugé insuffisant, il a dû s'inscrire en première année de licence géographie, aménagement et Histoire de l'Université Lumière Lyon 2 au titre de l'année universitaire 2020-2021 et ne produit pas de relevés de notes pour cette année. Enfin, à la date de sa demande de titre de séjour, en 2021, il était inscrit en première année de licence professionnelle Travaux publics. Ainsi, compte tenu de l'absence de progression de M. B C dans ses études, de ses réorientations fréquentes à compter de 2020 et de l'absence de preuve quant à la réalité de la formation suivie au titre de l'année 2020-2021, le préfet de l'Isère, en estimant que le sérieux et la progression de ses études faisait défaut, n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 433-1 de ce code, énonçant les conditions de renouvellement des cartes de séjour temporaire, doivent dès lors être écartés.

5. Le préfet a pu par ailleurs, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prendre le refus de titre en litige, alors même que M. B C, financièrement autonome, a entamé une nouvelle formation en septembre 2021.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

6. L'exception d'illégalité du refus de titre ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés par les motifs exposés aux points précédents.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B C et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Les conclusions présentées par M. B C, la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2204851

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