jeudi 14 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204859 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | COMBES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 juillet 2022, le 31 janvier 2024 et le 1er mars 2024, Mme B, représentée par Me Combes, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 février 2022 par laquelle le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) Grenoble Alpes a décidé de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée ;
2°) d'enjoindre au CROUS Grenoble Alpes de lui proposer un nouveau contrat de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CROUS Grenoble Alpes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que la décision :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît le délai de prévenance fixé à l'article 45 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;
-est entachée d'erreur de droit dès lors que la notion d'engagement personnel n'est pas de nature à justifier le non-renouvellement de son contrat de travail ;
-est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- est discriminatoire au regard de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique ;
- est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) Grenoble Alpes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable puisque le courrier du 16 février 2022 n'est pas un acte susceptible de faire grief ;
- Mme B n'occupait pas un poste permanent en intervenant en remplacement d'agents absents ou visant à renforcer les équipes lors d'accroissement d'activité ;
- il a proposé à Mme B un accompagnement social notamment dans la recherche d'un nouveau contrat.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public,
- et les observations de Me Combes, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été employée, en tant qu'agente de service, par le centre régional des œuvres universitaires et scolaires Grenoble Alpes à compter du 1er juillet 2014 par des contrats à durée déterminée, plusieurs fois renouvelés depuis cette date. Par un courrier du 16 février 2022, dont elle demande l'annulation, Mme B a été informée du non-renouvellement de son contrat.
Sur la fin de non-recevoir tirée de ce que le courrier du 16 février 2022 ne ferait pas grief :
2. Dans son courrier du 16 février 2022 adressé à Mme B, la directrice des ressources humaines fait état de reproches quant à sa manière de servir, lui indique que son contrat à durée déterminée prendra fin le 28 février 2022 et qu'elle peut bénéficier d'un accompagnement pour retrouver un emploi auprès de partenaires. Au surplus, ce courrier intervient après un entretien avec la directrice de l'unité de gestion Ouest du CROUS qui s'est tenu le 24 janvier 2022 et au cours duquel a été indiqué à Mme B que son contrat ne serait pas renouvelé au-delà du 28 février 2022, puis un second entretien du 15 février 2022 en présence de la directrice des ressources humaines et de la directrice générale du CROUS de Grenoble. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce et au vu de sa formulation sans ambigüité, le courrier du 16 février 2022 ne se borne pas informer Mme B de la date auquel son contrat prendra fin mais constitue une décision de non-renouvellement qui fait grief à l'intéressée. La fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
4. En premier lieu, pour refuser le renouvellement du contrat à durée déterminée de Mme B, l'administration a retenu dans la décision attaquée que l'engagement professionnel de l'intéressée était insuffisant, ainsi que l'aurait constaté deux directeurs d'unité de gestion.
5. Toutefois, le CROUS n'apporte aucune précision quant aux éventuelles carences professionnelles vaguement alléguées. Il ne verse aucune pièce pour établir la réalité de ce grief contesté. S'il indique que les directeurs d'unité de gestion auraient formulé des remarques exclusivement par oral, il ne produit aucun témoignage à l'appui de ses allégations. En revanche, Mme B verse quatorze attestations démontrant son professionnalisme, dont une de l'ancienne directrice adjointe du centre hébergement Nord du CROUS Grenoble Alpes, qui témoigne des qualités professionnelles et relationnelles de Mme B. Par suite en fondant le refus de renouvellement du contrat de Mme B sur sa façon de servir, le CROUS a entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En deuxième lieu, l'administration ajoute dans son mémoire en défense que le non-renouvellement du contrat de Mme B est fondé sur l'intérêt de service, l'intéressée n'occupant pas un poste permanent.
7. L'existence ou l'absence du caractère permanent d'un emploi doit s'apprécier au regard de la nature du besoin auquel répond cet emploi et ne saurait résulter de la seule durée pendant laquelle il est occupé.
8. Le contrat de Mme B a été renouvelé à plus de quarante reprises auprès du même établissement pendant une durée de près de huit ans. En outre, elle était agente de service en charge du nettoyage dans une structure d'hébergement, qui ne justifie d'aucune modification de son besoin. Au contraire, les termes rapportés de l'entretien du 15 février 2022 tendent à établir que son remplacement était prévu. Par suite et à défaut de tout élément probant, le CROUS n'est pas fondé à soutenir que la requérante aurait été recrutée pour effectuer de simples missions ponctuelles et non pour satisfaire de manière régulière un besoin permanent de l'administration. Ainsi et à supposer que le CROUS aurait entendu se prévaloir d'une substitution de motifs, elle ne peut qu'être écartée.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 6, chapitre II, de la loi du 13 juillet 1983, dispositions qui ont été codifiées à l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " () / Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. () ". Aux termes de l'article 32 de ce même texte : " II. - Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, sont applicables aux agents contractuels le chapitre II de la présente loi () ".
10. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
11. En l'espèce, il ressort d'un courrier d'alerte de la fédération de l'éducation de la recherche et de la culture CGT, que lors de l'entretien du 15 février 2022, tenu en présence de représentants du personnel, la directrice des ressources humaines a indiqué que Mme B étant âgée de 46 ans, il était préférable de ne pas renouveler son contrat, qui aurait dû être à durée indéterminée, pour recruter une personne plus jeune. Ces propos, dont la réalité n'est pas contestée par le CROUS, constituent une discrimination reposant sur l'âge de Mme B en méconnaissance des dispositions précitées. La décision attaquée de non-renouvellement du contrat de Mme B fondée sur une discrimination liée à son âge est donc entachée d'une erreur de droit.
12. En quatrième lieu, il ressort de ce qui précède que la décision de non-renouvellement n'est ni fondée sur la façon de servir de Mme B, ni sur l'intérêt du service, mais traduit la volonté de l'administration de ne pas transformer le contrat de l'intéressée en contrat à durée indéterminée. Par suite, la décision de non-renouvellement du contrat de Mme B est entachée de détournement de pouvoir.
13. Il résulte de ce qui précède, que la décision attaquée est illégale et doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au CROUS Grenoble-Alpes de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Combes, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Combes de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 février 2022 par laquelle le centre régional des œuvres universitaires et scolaires Grenoble Alpes a décidé de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au CROUS Grenoble Alpes de réexaminer la situation de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Combes la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Combes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre régional des œuvres universitaires et scolaires Grenoble Alpes.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Doulat, premier conseiller,
M. Ban, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.
Le rapporteur,
F. DOULAT
La présidente,
A. TRIOLETLe greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026