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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204914

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204914

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2204914 enregistrée le 2 août 2022 M. A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48SI du 21 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur constate l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions de retrait de points ayant conduit à cette invalidation notamment la décision de retrait de trois points correspondant à l'infraction relevée le 22 février 2019 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui reconstituer son capital de points et de lui restituer son titre de conduite dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que:

- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- la non prise en compte du stage effectué les 24 et 25 juillet 2020 méconnaît l'article R. 223-8 du code de la route ;

- les retraits de points n'ont pas fait l'objet de l'information préalable obligatoire qui lui est due en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que celle-ci est infondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

II. Par une requête n°2300126 enregistrée le 9 janvier 2023 M. A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48SI du 11 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur constate l'invalidité de son permis de conduire et les retraits de points correspondants aux infractions relevées le 22 février 2019 et le 20 décembre 2019

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui créditer son capital de points en tenant compte du stage effectué et de lui restituer son titre de conduite dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève les mêmes moyens au soutien de cette requête que ceux présentés pour la requête n° 2204914.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2023, le ministre de l'intérieur conclut que les conclusions en annulation de la décision 48SI du 11 février 2021 sont sans objet et que le surplus des conclusions de la requête doivent être rejetées.

Il soutient que la requête est infondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été présenté au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

.

Considérant ce qui suit :

1 . Les requêtes susvisées n° 2204914 et n° 2300126 présentées par M. A, concernent les mêmes décisions relatives à son permis de conduire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2 . M. A demande au tribunal l'annulation de la décision 48SI du 11 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur constate l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées le 22 février 2019 (-3 points) et le 20 décembre 2019 (- 4 points) et ayant donné lieu chacune à un procès-verbal électronique et une amende forfaitaire majorée.

Sur l'étendue du litige

3 . Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, daté du 3 février 2023 et produit par le ministre de l'intérieur au soutien de son mémoire en défense, que le permis de M. A est crédité de trois points à cette date et que la décision référencée 48SI du 11 février 2021 a été retirée postérieurement à l'introduction des requêtes de M. A. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de cette décision. En outre il ressort du même relevé d'information intégral que la décision référencée 48SI du 21 novembre 2021 n'y apparaît plus et que M. A a bénéficié de trois ajouts de quatre points chacun les 23 décembre 2018, 26 juillet 2020 et 23 septembre 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision référencée 48SI du 21 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions de retrait de points :

4 . Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. En conséquence, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne la réalité des infractions relevées 22 février 2019 et le 20 décembre 2019 :

5 . Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ;

6 . Le ministre de l'intérieur a produit le relevé d'information intégral relatif à la situation du requérant, extrait du système national du permis de conduire. Eu égard aux mentions de ce document et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute leur exactitude, soit le requérant s'est acquitté des amendes forfaitaires soit des titres exécutoires ont été émis pour les amendes forfaitaires majorées. Il suit de là que la réalité des deux infractions en cause doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route, le requérant n'alléguant pas avoir formé des requêtes en exonération au titre de l'ensemble de ces amendes.

En ce qui concerne l'absence d'information préalable :

7 . Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

8 . Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En l'espèce l'administration a versé au dossier le procès-verbal électronique établi le 22 février 2019 et comportant le texte des informations requises sous lequel M. A a signé. Le moyen tiré du défaut d'information préalable au retrait de points est écarté pour cette infraction.

9 . Concernant l'infraction relevée le 20 décembre 2019 dont la qualification est " non respect arrêt absolu au stop à une intersection ", si l'administration produit le procès-verbal électronique correspondant, celui-ci ne comporte ni les informations requises ni la signature du contrevenant. Toutefois il ressort du relevé d'information intégral de M. A que celui-ci a commis la même infraction le 29 juin 2017 et a payé l'amende forfaitaire correspondante. Dans ces conditions le requérant disposait des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et notamment celles relatives aux conséquences sur la validité de son permis de conduire en matière de retrait de quatre points pour cette infraction.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des retraits de points correspondant aux infractions commises le 22 février 2019 et le 20 décembre 2019 doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

11. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions en litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions référencées 48SI du 11 février 2021 et du 21 novembre 2021.

Article 2 : Les requêtes n°2204914 et n° 2300126 sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Lu en audience publique le 29 janvier 2024.

La magistrate désignée,

D. BLe greffier,

P. Buguellou

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. - 2300126

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