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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204932

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204932

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 août 2022, 25 août 2022, 8 novembre 2022, 16 novembre 2022 et 17 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un récépissé ou un titre de séjour assorti d'une autorisation de travail dans le délai de cinq jours, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen réel de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- et les observations de Me Schürmann, représentant M. A.

M. A a présenté une note en délibéré, enregistrée le 5 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1993, déclare être entré en France le 1er janvier 2015. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité de parent d'enfant français entre le 21 novembre 2018 et le 16 janvier 2021. Le 15 avril 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 8 juillet 2022, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 25 août 2022, postérieure à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions du requérant aux fins d'obtention du bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article 371-2 du code civil dispose que : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est le père d'une enfant française née le 19 avril 2018 à Grenoble, issue de son mariage avec une ressortissante française contracté le 2 décembre 2017. Après avoir vécu deux années avec sa fille et son épouse, celle-ci a saisi, le 24 septembre 2020, le juge aux affaires familiales de Grenoble d'une demande de divorce. Par une ordonnance de non-conciliation du 9 août 2021, le juge aux affaires familiales de ce tribunal, après avoir relevé le caractère conflictuel et violent de la séparation des époux et le maintien des liens affectifs entre le père et l'enfant, a constaté que l'autorité parentale sur l'enfant était exercée conjointement par les deux parents, a fixé la résidence habituelle de l'enfant chez la mère, a fixé le droit de visite et d'hébergement du père avec, sauf meilleur accord entre les parents, un passage de bras au sein de l'association Le Relais, enfin a constaté l'impécuniosité de M. A et l'a déchargé de l'obligation de contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Par un second jugement du 7 juillet 2022, il a constaté que depuis décembre 2021, M. A ne pouvait plus exercer son droit de visite tel que fixé par l'ordonnance du 9 août 2021 en raison du déménagement de la mère de l'enfant et a fixé les nouvelles modalités du droit de visite du père pour une durée de six mois ainsi que, à compter du 1er janvier 2022, sa contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant à hauteur de 80 euros par mois. M. A verse à l'instance les éléments justifiant qu'il verse effectivement la pension alimentaire fixée par le juge aux affaires familiales et qu'il exerce réellement son droit de visite. Il ressort ainsi de l'ensemble de ces circonstances que, depuis la naissance de sa fille, M. A n'a jamais cessé d'entretenir un lien affectif avec elle et de contribuer, dans la mesure de ses moyens et compte tenu d'un contexte de séparation difficile, à son entretien et à son éducation.

5. En second lieu, si M. A a été condamné le 18 décembre 2019 par le tribunal correctionnel de Grenoble à une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sans incapacité et de harcèlement suivi d'une incapacité n'excédant pas huit jours, commis sur la personne de son épouse et du fils mineur de cette dernière, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que ces faits ont été commis dans le contexte de séparation conflictuelle et violente des époux constaté par le juge aux affaires familiales, qu'ils avaient une relative ancienneté à la date de l'arrêté attaqué et qu'ils sont demeurés isolés. Dans ces circonstances, la condamnation prononcée à l'encontre de M. A ne suffisait pas à caractériser un comportement constituant une menace pour l'ordre public au moment de l'édiction du refus de séjour contesté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français et à demander en conséquence, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. Compte tenu de son motif, l'annulation de l'arrêté attaqué implique que le préfet de l'Isère délivre à M. A un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Schürmann, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Isère du 8 juillet 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Schürmann la somme de 900 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le président rapporteur,

V. L'HÔTE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

M. HEINTZ

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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