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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205005

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205005

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2022, M. A B, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la décision à venir et à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour assortie du droit au travail dans un délai de 15 jours à compter de la décision à venir ;

3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37

alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 et 28 octobre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Huard représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 30 mai 2003, est entré en France en janvier 2020. Le 6 mars 2020, il a été pris en charge à titre provisoire par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Isère puis, par jugement du 18 mars 2019, il a été confié aux services du conseil départemental de l'Isère jusqu'au 30 mai 2021, date de sa majorité. Le 25 janvier 2022, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 17 mai 2022, le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

2. Le refus de titre de séjour du 17 mai 2022 mentionne les textes dont le préfet de l'Isère a entendu faire application et précise suffisamment les considérations de fait, notamment la formation en CAP boulanger suivie par M. B, qui en constituent le fondement. Par suite, alors même que cet arrêté ne mentionne pas l'accident de travail dont M. B a été victime le 24 avril 2021, il satisfait à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger qui a 18 ans, a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et justifie suivre une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, il incombe au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet de l'Isère s'est fondé sur le défaut de caractère réel et sérieux de la formation de CAP Boulanger qu'il suit depuis le mois de juillet 2020. Il relève dans son arrêté du 17 mai 2022 que M. B " totalise 38 heures d'absences injustifiées au premier semestre 2020-2021, 76 heures au deuxième semestre et 55 heures au premier semestre 2021-2022 ; qu'il a obtenu une moyenne de 9,94 au premier semestre 2020-2021, 8,42 au deuxième semestre, et 8 au premier semestre 2021-2022 ; qu'il a rompu son contrat d'apprentissage au cours du premier semestre 2021-2022 ".

6. Le bulletin de notes de M. B au titre de sa première année de CAP Boulangerie fait apparaitre, pour la période du 27 aout 2020 au 31 décembre 2020, 38 heures d'absences injustifiées ainsi qu'un manque d'implication et une attitude " trop souvent inadaptée ". Le bulletin du 1er janvier 2021 au 12 juillet 2021 mentionne un blâme pour 76 absences injustifiées, qui ne permettent pas son évaluation. La circonstance que M. B ait été victime d'un accident de travail le 24 avril 2021 ne saurait être la cause des nombreuses absences injustifiées avant la survenue de cet accident et, en outre, elle n'est pas de nature à expliquer le défaut d'implication et de résultats probants obtenus par l'intéressé dans la poursuite de sa formation. Dans ces conditions, en estimant que M. B ne justifiait pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. M. B est célibataire et sans charge de famille. Il ne justifie pas, depuis son entrée récente en France, d'une insertion sociale et professionnelle particulière. Dès lors, au regard de ces circonstances, la décision litigieuse n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par voie de conséquence, cet arrêté n'a méconnu ni les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par le préfet de l'Isère concomitamment à la décision portant refus de titre de séjour. Dans ces conditions, en application des dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cette décision doit, eu égard à ce qui a été dit au point 2, être écarté.

9. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 à 7 du présent jugement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat les frais exposés par l et non compris dans les dépens doivent être rejetées par voie de conséquence.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Miran et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Wegner, président-rapporteur,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

S. C

L'assesseur le plus ancien,

S. Hamdouch

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205005

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