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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205090

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205090

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2022, M. C A, représenté par Me Schürmann, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 8 juillet 2022 du préfet de l'Isère portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'ordonner au préfet de l'Isère sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification de la présente ordonnance prise de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un récépissé ou un titre de séjour valant autorisation de travail dans un délai de 5 jours ;

4°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

5°) de mettre à la charge du préfet de l'Isère une somme de 1200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, dont distraction au profit de Me Schürmann, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondante à la contribution de l'Etat.

M. C A soutient :

- que la condition d'urgence est remplie dès lors que :

. il s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour ce qui le place en grande difficulté et ne lui permet pas de conserver son emploi ; il travaille pourtant en tant que technicien en fibre optique et a des charges de loyer et de subsistance ; il justifie en outre avoir un droit de visite auprès de sa fille E née le 19 avril 2018 ; par ailleurs la décision attaquée le met dans l'impossibilité de poursuivre son emploi et de pouvoir payer une pension alimentaire à la mère de E et aussi d'exercer son droit de visite ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dans la mesure où :

. la décision est entachée de l'incompétence de son signataire,

. elle est insuffisamment motivée,

. elle est entachée d'erreur de fait.

. elle est entachée d'erreur de droit en raison d'un défaut d'examen particulier de sa situation de parent d'enfant français,

. elle a été prise en violation de l'article 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

. elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 22 août 2022, M. C A conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 août 2022 sous le N° 2204932 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rouyer, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Rouvier substituant Me Schürmann pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais est entré en France le 1er janvier 2015. Le 2 décembre 2017 il s'est marié à Valence avec Mme D, ressortissante de nationalité française. Le couple a donné naissance à un enfant le 19 avril 2018. M. A s'est vu délivrer un titre de séjour " parent d'enfant français " à compter du 21 novembre 2018. Mme D et M. A se sont séparés le 31 décembre 2019. Le 19 avril 2021 il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Le 8 juillet 2022 le préfet de l'Isère a pris à l'encontre de M. A une décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. En l'état de l'instruction aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au ministre de l'intérieur ainsi qu'à Me Schürmann.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 25 août 2022.

Le magistrat désigné,

S. B

Le greffier,

L.ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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