lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205097 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MARCELLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 août 2022 et les 10 , 19 et 29 septembre 2022, M. E C , représenté par Me Marcelli, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
M. C soutient que :
- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il justifie d'une présence continue de neuf ans en France, sa mère est présente en France et il est bien intégré ;
- le refus de titre méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire, refusant de lui accorder un délai de départ, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Marcelli, avocat de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né en 1973, de nationalité algérienne, est entré en France à la date non contestée du 23 février 2013 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité l'asile qui lui a été refusé par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 juillet 2013, refus confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 17 octobre 2014. Il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 5 janvier 2015 qu'il n'a pas contestée. Le 3 janvier 2021, M. C a demandé la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien. Par la décision attaquée du 28 juillet 2022, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter sans délai le territoire à destination de l'Algérie et a pris à son encontre une interdiction de retour d'un an.
Sur les moyens communs :
2. L'arrêté litigieux a été signé par Mme D B, sous-préfète de la Tour du Pin, compétente pour signer notamment les décisions relatives aux étrangers en cas d'absence ou d'empêchement simultané de la secrétaire générale, de la secrétaire générale adjointe, du directeur de cabinet et du sous-préfet de Vienne, en vertu d'un arrêté du préfet de l'Isère du 2 février 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué qu'à la date de l'arrêté, ces autorités n'auraient pas été absentes ou empêchées. Le moyen tiré de l'incompétence de Mme B doit être rejeté comme manquant en fait.
3. Par ailleurs, la circonstance que l'agent ayant signé le bordereau de transmission n'aurait pas bénéficié d'une délégation de signature est sans incidence sur la légalité de l'arrêté lui-même.
Sur le refus de titre de séjour :
4. La décision refusant à M. C la délivrance d'un certificat de résidence comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée.
5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () ; 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".
6. M. C fait valoir qu'il est présent en France depuis 2013, qu'il s'occupe de sa mère, née en 1950 et qui a des problèmes de santé, qu'il a obtenu deux promesses d'embauche et qu'il est sans attache dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé en France en février 2013, à l'âge de 40 ans, après avoir jusque-là vécu en Algérie où demeurent encore ses trois enfants. Il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de sa présence en France en 2015 et 2016. Par ailleurs, il ne produit aucun élément pour établir que sa présence serait indispensable à sa mère. Par suite, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour sur le territoire français, M. C, qui a déjà fait l'objet d'une mesures d'éloignement en 2015, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien doit ainsi être écarté. Pour les mêmes raisons doivent être écartés les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () " ; Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () (). ".
8. Comme il a été dit au point 4., la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'accorder un certificat de résidence à M. C est suffisamment motivée. Par suite, la mesure d'éloignement contestée, qui en vertu des termes mêmes de l'article L. 613-1 précité, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est elle-même suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
9. En l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette mesure doit être écarté pour les motifs énoncés au point 6, s'agissant du refus d'admission au séjour.
Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 1. que M. C est entré en France depuis au moins 2017 et qu'il réside chez sa mère. Compte tenu de la durée et des conditions de son séjour, M. C est fondé à soutenir qu'en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire, le préfet de l'Isère a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
11. La décision fixant le pays de renvoi mentionne l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. C est de nationalité algérienne. Elle est par suite suffisamment motivée.
12. M. C, dont la demande de protection internationale a, au demeurant, été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ne rapporte pas la preuve de l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine en invoquant une escroquerie dont il aurait été victime en 2011. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, dès lors, être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L.613-2 du même code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
14. D'une part, la décision prise à l'encontre de M. C est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les considérations propres à sa situation, notamment la durée de sa présence en France, l'absence de justification de liens suffisants avec la France, la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 5 janvier 2015. Elle est donc suffisamment motivée et, contrairement à ce qui est allégué, le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation.
15. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2022 en tant qu'il ne lui accorde pas un délai de départ volontaire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Eu égard au motif et à la portée de l'annulation prononcée, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de l'Isère réexamine la situation de M. C en ce qui concerne le délai de départ volontaire. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à titre principal dans la présente instance, au titre des frais engagés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 juillet 2022 est annulé en tant qu'il n'accorde pas à M. C un délai de départ volontaire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. C en ce qui concerne le délai de départ volontaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de l'Isère. Copie sera adressée au ministre de l'Intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président-rapporteur,
Mme Permingeat, première conseillère,
Mme Coutarel , première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
Le président rapporteur,
J. P. A
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
F. PERMINGEAT La greffière,
C. BILLON
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026