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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205101

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205101

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une enregistrée le 11 août 2022, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

L'arrêté dans son ensemble est insuffisamment motivé.

Le refus de titre de séjour :

- est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de 1'immigration et de 1'intégration (OFII) permettant d'établir qu'il contient toutes les mentions requises ;

- le préfet s'est cru, à tort, lié par l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Miran pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais, est entré en France le 9 septembre 2012 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa long séjour valant titre de séjour valable du 1er septembre 2012 au 1er septembre 2013. Il a obtenu des titres de séjours en qualité d'étudiant du 14 novembre 2013 au 11 décembre 2018 puis au regard de son état de santé du 28 mai 2019 au 21 septembre 2021. Le 28 septembre 2021, il a sollicité le renouvellement de ce dernier titre. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".

3. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

4. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité en qualité d'étranger malade, le préfet s'est fondé sur un avis du collège des médecins du 7 avril 2022 selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine à destination duquel il peut voyager sans risque. Toutefois, pour contredire cet avis, le requérant produit un certificat médical du 3 août 2022 établi par un médecin du centre hospitalier Alpes-Isère, qui quoique postérieur à l'arrêté attaqué se rapporte à une situation de fait qui lui est antérieure aux termes duquel ses troubles psychotiques chroniques nécessitent notamment l'administration en intramusculaire de l'Abilify Maintena (Aripiprazole) 400 mg indisponible au Cameroun et non substituable par d'autres traitements déjà essayés (Risperidone, Cyamemazine, Haloperidol, Amisulpride) en raison de leur inefficacité et de leur intolérance. Il mentionne également que le traitement pour son diabète non-insulinorequérant (Metformine et Sitagliptine) n'est pas disponible au Cameroun et n'est pas substituable. Si le préfet de l'Isère produit deux documents, en langue anglaise, issus de la base de données " Medical Country of Origin Information " constituée par un réseau d'information financé par l'Union européenne et gérée par un groupe de médecins appartenant au ministère néerlandais de l'intérieur, l'un de ses documents confirment l'indisponibilité de la molécule Aripiprazole notamment en injection au Cameroun et l'autre ne se prononce pas sur la disponibilité de celle-ci. Par ailleurs, le rapport MedCOI Belgian desk on Accessibility, en langue anglaise, que le préfet verse aux débats, ne donne aucun élément sur la disponibilité du traitement de la pathologie du requérant et le document relatif à l'ouverture d'un centre d'hémodialyse à l'hôpital régional d'Ebolowa ne concerne pas les pathologies présentées par le requérant. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'apporte aucun élément relatif à la disponibilité au Cameroun d'un traitement pour la pathologie diabétique présentée par le requérant, celui-ci doit être regardé comme démontrant l'absence de disponibilité effective d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Ainsi, il est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2022 dans l'ensemble de ses dispositions.

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Isère délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer un tel titre dans un délai de trois mois courant à compter de la date de notification du présent jugement et une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours.

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 900 euros à verser à Me Huard au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 7 juin 2022 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette même date.

Article 3 :L'Etat versera à Me Huard une somme de 900 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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