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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205144

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205144

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 août 2022 et le 9 novembre 2022, Mme C B épouse A, représentée par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de la Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour à la suite de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il repose sur des faits matériellement inexacts ;

- il méconnaît le paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 3 et 18 novembre 2022 (ce dernier n'ayant pas été communiqué), le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Borges de Deus Correia, représentant Mme B G A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B épouse A, ressortissante algérienne née en 1987, est entrée sur le territoire français le 14 février 2015 sous couvert d'un visa de court séjour circulation à entrées multiples valable quatre-vingt-dix jours et accompagnée de son premier enfant. Le 2 mars 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 3 juin 2022, le préfet de la Savoie lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F D, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 25 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué est notamment motivé par la circonstance que l'époux de Mme A réside dans son pays d'origine alors que la requérante produit devant le tribunal une attestation du 11 juin 2022 d'une association localisée à Chambéry mentionnant que son époux est bénévole depuis une année, le passeport de son époux présentant un tampon d'entrée sur le territoire français à la date du 22 juin 2021 et une attestation d'élection de domicile à Chambéry au nom de son époux valable du 6 août 2021 au 6 août 2022. Toutefois, cette erreur de fait n'a pas eu d'influence sur le sens de la décision attaquée dès lors que l'époux de Mme A est présent de manière irrégulière sur le territoire français et n'a pas déposé de demande de titre de séjour. Dès lors, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " [] Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : [] 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ;[] ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Mme A soutient qu'elle est entrée régulièrement en France le 14 février 2015 sous couvert d'un visa avec son époux et leur premier enfant, que deux autres enfants sont nés de leur mariage en France, que ses deux premiers enfants ont effectué toute leur scolarité en France, qu'elle démontre sa volonté d'intégration par son implication dans l'encadrement des sorties scolaires des enfants et son engagement dans des fonctions de bénévoles au sein d'une association. Mme A fait également valoir qu'elle justifie d'une promesse d'embauche pour un poste de serveuse à temps partiel, qu'elle a obtenu en Algérie une licence en économie et gestion des entreprises en 2009 et un magister en management et développement durable en 2013, que son époux bénéficie quant à lui de deux promesses d'embauche en contrat à durée déterminée et qu'ils ont différentes attaches familiales en France.

6. Toutefois, elle ne justifie pas avoir su nouer des liens anciens, intenses et stables sur le territoire français en dehors de leur cellule familiale composée de son époux et de leurs trois enfants, ni être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, alors qu'elle mentionne dans un courrier du 22 novembre 2020 que ses parents résident en Algérie. Par ailleurs, la seule circonstance qu'elle a encadré des sorties scolaires et qu'elle est bénévole dans une association depuis un an ne suffit pas à justifier d'une particulière intégration sur le territoire français. En outre, la circonstance qu'elle bénéficie de promesses d'embauche en date du 13 juin 2022 pour un contrat à durée déterminée à temps partiel en tant que serveuse et du 28 octobre 2022 en tant qu'employée polyvalente en restauration rapide est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué du 3 juin 2022, qui doit s'apprécier à la date à laquelle il a été pris. Enfin, elle ne justifie pas de l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale hors de France, notamment en Algérie, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité et où les enfants mineurs pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions et eu égard à la durée de séjour de la requérante en France, le préfet de la Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu le paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. [] ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Mme A soutient que son premier enfant est entré en France à l'âge d'un an et demi, que les deux autres sont nés sur le territoire national, que ses deux premiers enfants ont effectué toute leur scolarité jusqu'à présent en France et qu'en cas de retour en Algérie, ils seront privés de leurs repères et ne pourront pas poursuivre une scolarité normale en arabe. Toutefois, la décision contestée n'a pas pour effet de séparer les enfants mineurs de leurs parents et la cellule familiale pourra se reformer en Algérie, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité et où les enfants mineurs pourront poursuivre leur scolarité. Dès lors, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A, à Me Borges de Deus Correia et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wegner, président-rapporteur,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

S. E

L'assesseur le plus ancien,

S. Hamdouch La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205144

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