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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205152

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205152

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSAMBA-SAMBELIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2022, M. C G, représenté par Me Samba-Sambeligue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de de deux ans ;

2°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît le droit d'être entendu ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur de droit en ce que le préfet de l'Isère s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Samba-Sambeligue, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. M. C G, ressortissant arménien né en 1962, déclare être entré sur le territoire français le 18 février 2004. Du 21 août 2006 au 25 juin 2011, il a bénéficié de titres de séjour accordés sous une fausse identité. Le 5 avril 2018, il a sollicité, sous sa véritable identité, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 28 juillet 2022, le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit jugé sur la requête de M. G, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E A, sous-préfète suppléante de La Tour du Pin, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 2 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent, en particulier les éléments constitutifs de la situation personnelle de M. G. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé ni que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

5. En troisième et dernier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G aurait été privé de la possibilité de présenter toutes observations utiles de nature à faire obstacle à un éventuel refus de titre de séjour ou à une mesure d'éloignement, ni qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou aurait été empêché de s'exprimer avant que l'arrêté attaqué ne soit pris. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas privé l'intéressé de son droit d'être entendu.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. M. G soutient que ses trois enfants vivent en France, qu'il a un contact régulier avec ses deux derniers enfants, qu'il a gardé de bonnes relations avec son ex-épouse, que les relations sont plus difficiles avec son fils aîné, qu'il souhaiterait ouvrir une concession automobile mais que sa situation administrative est un frein à ses projets, qu'il réside en France depuis dix-huit ans et que les faits de fraude qui lui sont reprochés sont uniques et datent de 2006. Toutefois, M. G ne produit devant le tribunal aucune pièce justifiant de sa présence continue sur le territoire français depuis 2004 alors que l'arrêté attaqué mentionne qu'il ne démontre pas être présent sur le territoire français depuis dix-huit ans et que les preuves de sa résidence en France entre 2011 et 2018 sont insuffisantes pour démontrer sa résidence habituelle sur le territoire français. Par ailleurs, il ne justifie pas entretenir des liens particuliers avec ses enfants et son ex-épouse, alors que le préfet de l'Isère produit en défense un courrier du fils aîné de M. G daté du 5 mars 2014 et mentionnant que le requérant les a abandonnés et a quitté le domicile familial le 28 avril 2012 et qu'ils n'ont, depuis, plus eu aucune nouvelle de lui. Enfin, M. G ne justifie pas avoir su nouer des liens anciens, intenses et stables sur le territoire français en dehors de sa cellule familiale, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, ses deux frères et sa sœur. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en faisant obligation à M. G de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère se soit cru en situation de compétence liée pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. G.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : [] 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : [] 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; [] ".

12. Il est constant que M. G a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 3 août 2006 et s'est vu délivrer cinq cartes de séjour temporaire entre le 21 août 2006 et le 25 juin 2011 sous couvert de faux documents d'identité sous le nom de B F. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. G.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. M. G soutient qu'il a été contraint de quitter l'Arménie en raison des menaces dont il était l'objet, qu'il craint d'être confronté aux mêmes difficultés s'il devait y retourner aujourd'hui, qu'il n'est pas certain de pouvoir être protégé par les autorités arméniennes et qu'il craint pour sa vie. Toutefois, alors que par une décision du 23 juillet 2004, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 octobre 2005, l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile, le requérant ne produit devant le tribunal aucun document permettant de justifier qu'il encourrait des risques personnels, actuels et réels de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine ni que les autorités arméniennes seraient dans l'incapacité de le protéger. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. [] ".

15. M. G ne fait valoir aucune circonstance humanitaire qui justifierait que ne soit pas édictée une décision portant interdiction de retour sur le territoire français. S'il ressort des termes même de la décision attaquée qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 4 novembre 2005. Par ailleurs, il ne justifie pas être présent de manière continue sur le territoire français depuis 2004 et il ne justifie ni entretenir des liens particuliers avec ses enfants et son ex-épouse, ni avoir su nouer des liens anciens, intenses et stables sur le territoire français en dehors de sa cellule familiale, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, ses deux frères et sa sœur. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C G, à Me Samba-Sambeligue et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wegner, président-rapporteur,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

S. D

L'assesseur le plus ancien,

S. Hamdouch La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220515

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