mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205161 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GUILLAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 12 août 2022, le 20 octobre 2022 et le 14 novembre 2022, M. C D , représenté par Me Guillaume, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence algérienne " vie privée et familiale " valable un an ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le mois suivant la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît le deuxième paragraphe de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- il repose sur des faits matériellement inexacts ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision octroyant un délai de départ volontaire est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Le bureau d'aide juridictionnelle a refusé d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 20 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant algérien né en 1990, déclare être entré pour la dernière fois sur le territoire français le 22 juin 2019 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Le 10 mars 2022, M. D a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de ressortissant français sur le fondement du paragraphe 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 21 juin 2022, le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E A, sous-préfète suppléante de La Tour du Pin, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 2 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué comprend les éléments constitutifs de la situation personnelle de M. D. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. [] ". Aux termes de l'article L. 114-6 du même code : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient. [] "
5. Si le préfet de l'Isère a notamment motivé la décision attaquée par la circonstance que M. D ne précise ni la date ni les circonstances de son entrée sur le territoire national, un tel motif ne porte pas sur la complétude ou sur la régularité de la demande de titre de séjour de l'intéressé. Par suite, M. D ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure au regard des articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " [] Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : [] 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; [] ". L'article R. 211-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date d'entrée sur le territoire de l'intéressé, prévoit que la déclaration obligatoire mentionnée à l'article 22 de la convention de Schengen est souscrite à l'entrée sur le territoire métropolitain par l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne et qui est en provenance directe d'un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen. La souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.
7. M. D fait valoir, d'une part, être entré en Espagne en produisant son passeport comprenant un visa d'entrée de court séjour émis par les autorités espagnoles et valable du 20 juin 2019 au 19 juillet 2019 et un tampon d'entrée sur le territoire espagnol daté du 22 juin 2019 et, d'autre part, être entré en France durant le délai de validité de son visa. Toutefois, M. D ne justifie ni même n'allègue avoir souscrit à la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen. Dès lors, M. D ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur de fait. Pour le même motif, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu le deuxième paragraphe de l'article 6 de l'accord franco-algérien en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
9. M. D soutient qu'il est régulièrement entré sur le territoire français le 22 juin 2019 sous couvert d'un visa de court séjour, qu'il y réside habituellement depuis trois années, qu'il y a déjà vécu au cours de l'année 2017 avant d'exécuter une décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'il s'est marié avec une ressortissante française le 6 janvier 2022 après plusieurs mois de relation, qu'ils justifient de leur communauté de vie depuis plus de six mois, qu'ils envisagent de fonder une famille, que son épouse est tombée enceinte en janvier 2022 avant de subir une fausse couche et que l'état de santé de son épouse nécessite un suivi important à la suite d'un accident de travail. M. D soutient également qu'il est parfaitement intégré en France, qu'il a rapidement trouvé un travail en qualité d'ouvrier polyvalent dans le cadre de contrats temporaires régulièrement renouvelés, qu'il dispose de missions temporaires couvrant toute la période de mars 2022 à juillet 2022 et qu'il n'est pas dépourvu de liens familiaux sur le territoire français, où résident plusieurs de ses cousins, oncles et neveux.
10. Toutefois, M. D ne pouvait ignorer qu'il était dans une situation incertaine lorsqu'il a débuté sa vie familiale avec son épouse sur le territoire français, avec laquelle il justifie d'une vie commune depuis moins de six mois à la date de la décision attaquée et alors qu'aucun enfant n'est né de leur union. Par ailleurs, M. D ne justifie pas avoir su nouer des liens anciens, intenses et stables sur le territoire français en dehors de sa cellule familiale ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents, ses deux frères et sa sœur. Enfin, la seule circonstance que M. D exerçait une activité professionnelle sous forme de missions temporaires depuis moins de quatre mois à la date de la décision attaquée ne suffit pas à justifier d'une particulière intégration sur le territoire français. Dans ces conditions et eu égard à la durée de séjour du requérant en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, compte tenu de ce qu'il a été dit ci-dessus, M. D n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour.
12. En second lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 9 et 10, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en faisant obligation à M. D de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
13. Compte tenu de ce qu'il a été dit ci-dessus, M. D n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Compte tenu de ce qu'il a été dit ci-dessus, M. D n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions accessoires :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. D à fin d'annulation, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Guillaume et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Wegner, président-rapporteur,
M. Hamdouch, premier conseiller,
Mme Fourcade, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
S. B
L'assesseur le plus ancien,
S. Hamdouch La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2205161
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026