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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205168

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205168

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL ALBAN COSTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistré le 10 août 2022, M. C, représenté par la Selarl Alban Costa , demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer dans les 48 heures à compter du jugement une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas dans un délai de 30 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- l'arrêté du 28 juillet 2022 a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'a pas été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de l'Isère a produit des pièces enregistrées le 21 septembre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Costa, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité congolaise, est entré en France le 21 avril 2012, selon ses déclarations. Il a vu sa demande d'asile rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 2 avril 2014. Il a fait l'objet de trois mesures d'éloignement successives, les 11 septembre 2013, 12 décembre 2014 et 9 novembre 2015, qu'il n'a pas exécutées. Il a ensuite sollicité, le 26 février 2018, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 7 août 2018, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, d'une décision fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. La légalité de cette décision a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble puis par la Cour administrative d'appel de Lyon. Le 22 juillet 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et en qualité de salarié. Le 15 juillet 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier et il n'est au demeurant pas contesté que M. B est entré sur le territoire national le 21 avril 2012 et ne l'a pas quitté depuis. Il totalisait ainsi dix ans de présence habituelle à la date de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour du 15 juillet 2022. Or, il est constant que le préfet de l'Isère n'a pas saisi la commission du titre de séjour avant de statuer sur cette demande, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le requérant, qui a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour opposée par le préfet de l'Isère a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 28 juillet 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour doit être annulée. Les décisions distinctes portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et édictant à l'encontre du requérant une interdiction de retour de deux ans doivent être annulées par voie de conséquence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique seulement que le préfet de l'Isère procède, après saisine pour avis de la commission du titre de séjour, au réexamen de la demande de M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à ce réexamen, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement et de munir le requérant, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Costa, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Costa de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Isère du 28 juillet 2022 est annulé.

Article 2: Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la demande de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3: L'État versera la somme de 900 euros à Me Costa, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Costa renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Costa et au préfet de l'Isère. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président-rapporteur,

Mme Permingeat, première conseillère,

Mme Coutarel , première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le14 novembre 2022.

Le président rapporteur,

J. P. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

F. PERMINGEATLa greffière,

C. BILLON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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