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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205175

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205175

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCOMBES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 août 2022 et le 10 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Combes, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2022 par lequel la préfète de la Drôme a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de supprimer toute mention le concernant dans le fichier Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir accorder un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du même code.

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- compte tenu de son état de santé, elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,

- et les observations de Me Mathis substituant Me Combes, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ghanéen né le 1er janvier 2000, est entré en France selon ses déclarations en octobre 2016 et a alors été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Ardèche. Il a ensuite obtenu un titre de séjour valable du 3 février 2018 au 6 février 2019. Il a sollicité son renouvellement mais par un arrêté du 18 septembre 2020, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer le titre sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Son recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 19 janvier 2021 et par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Lyon du 30 septembre 2021. Le 30 mars 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 juillet 2022, la préfète de la Drôme a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2.M. B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 octobre 2022. Dans ces conditions, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C, directrice de cabinet de la préfète de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. M. B se prévaut de sa présence en France depuis six ans, de son état de santé, de son insertion professionnelle ainsi que des liens qu'il a noués sur le territoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est arrivé en France mineur après avoir vécu jusqu'à l'âge de seize ans au Ghana, son pays d'origine. S'il fait valoir qu'il a obtenu un titre de séjour, celui-ci ne lui a été accordé à sa majorité que pour une durée d'un an entre le 3 février 2018 et le 6 février 2019, sa présence en France s'étant ensuite déroulée en situation irrégulière. S'agissant de son activité professionnelle, si l'intéressé se prévaut de deux contrats à durée déterminée conclus chacun pour une durée respectivement de trois et de deux mois ainsi que de son emploi par un établissement et service d'aide par le travail comme ouvrier en espaces verts pendant toute l'année 2020, il n'est pas soutenu qu'il ne pourrait pas poursuivre son activité dans son pays d'origine. Par ailleurs, il n'est pas allégué qu'il ne pourrait pas bénéficier des soins appropriés à sa pathologie dans son pays d'origine. Enfin, s'il ressort des deux attestations produites par le requérant qu'il participe activement aux activités du centre socio-culturel de Tournon depuis 2016 et qu'il a été bénévole auprès de la Croix-Rouge française entre les mois de novembre 2021 et de janvier 2022, il n'établit par ailleurs pas l'existence d'autres liens, notamment amicaux, qu'il aurait pu tisser sur le territoire national. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Si M. B se prévaut, au soutien de son moyen, des mêmes éléments que ceux qu'il a développés à l'appui de celui tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-23, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que ces éléments ne constituent pas un motif exceptionnel ou une considération humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si le requérant fait valoir, d'une part, qu'il a travaillé auprès de différentes sociétés entre avril et juin 2019, en 2020 et en janvier et février 2022, d'autre part, qu'il a reçu une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en tant qu'agent de service, ces seuls éléments ne sauraient constituer des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées justifiant son admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si M. B se borne à se prévaloir des éléments qu'il développés au soutien des moyens dirigés contre la décision par laquelle la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

12. M. B, qui n'a pas déposé de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, soutient qu'il souffre d'une pathologie psychiatrique pour laquelle il est hospitalisé depuis le 3 novembre 2022, pour une durée de trente jours. Toutefois, la seule pièce qu'il produit, soit son bulletin d'hospitalisation, n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement qu'il conteste sera exécutée durant son hospitalisation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Combes et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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