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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205190

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205190

mercredi 31 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 août 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 23 août 2022, Mme C B, représentée par Me Huard demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes ;

3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et la décision est dépourvue de base légale, faute de précision ;

- la réponse de l'Allemagne n'a pas été produite, la demande de réadmission n'a pas été adressée dans le délai de deux mois et ne contenait pas l'ensemble de ses déclarations ;

- la qualité de la personne ayant exercé les fonctions d'interprète n'est pas établie ;

- les textes relatifs à la prise d'empreinte et à la comparaison des empreintes ont été méconnus ;

- la décision méconnait les dispositions des articles 4 et 5 du même règlement, l'entretien n'a pas été réalisée par une personne compétente ;

- la notification est irrégulière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jourdan, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Huard, représentant Mme B, qui a fait valoir à l'audience les liens de la requérante avec une tante vivant en France depuis 1998.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante russe née le 24 juin 2001, déclare être entrée en France le 12 avril 2022. Par l'arrêté attaqué du 9 août 2022, le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'arrêté en litige vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et notamment son article 12. Il précise que l'intéressée a été identifiée en Allemagne, où elle a obtenu un visa valide jusqu'au 6 octobre 2022, que les autorités allemandes ont été saisies le 10 juin 2022 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé, que l'Allemagne a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de l'intéressée le 14 juin 2022, en application de l'article 22 du Règlement (UE) n° 604/2013 précité, qu'il n'est pas démontré par l'intéressée que les autorités allemandes auraient pris à son encontre une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine, et qu'elles l'aient mise à exécution. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à la requérante de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté et de l'absence de précision de la base légale doit être écarté.

5. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier et notamment des copies des accusés de réception DubliNet produites par le préfet que les autorités allemandes ont effectivement été saisies. Le moyen tiré de l'absence de saisine des autorités allemandes doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. " L'article 23 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dispose, d'une part, qu'un premier délai de trois mois doit être respecté entre la demande d'asile de l'intéressé et la requête de reprise en charge et, d'autre part, qu'un second délai de deux mois doit être respecté entre la réponse du service Eurodac et cette même requête.

7. Il ressort des pièces versées au dossier par le préfet, et des éléments de faits précisés au point 4 que la demande de l'intéressée de reprise en charge a été effectuée à l'aide du formulaire type prévu par le paragraphe 4 de l'article 23 du règlement n°604/2013 et que les délais prévus par la procédure ont été respectés. Le moyen tiré de ce que la procédure n'aurait pas été suivie conformément aux règlements visés ci-dessus.

8. A la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013, qui édictent notamment une obligation d'information au moment où les empreintes digitales de la personne concernée sont prélevées, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des États membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Par suite, la requérante ne peut utilement faire valoir, pour contester la décision litigieuse, qu'elle n'aurait pas reçu les informations concernant l'application du règlement (UE) n° 603/2013, que l'article 29 de ce règlement aurait été méconnu, ni que les conditions dans lesquelles le relevé des empreintes ont été réalisées sont irrégulières.

9. En vertu de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, le demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien individuel avant que ne soit prise la décision de transfert. Cet entretien doit être mené dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend, par une personne qualifiée en vertu du droit national, dans le respect de la confidentialité.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié le 13 mai 2022 d'un entretien individuel au cours duquel elle a pu faire valoir toute observation utile, en langue russe qu'elle a déclaré comprendre, par l'intermédiaire d'un interprète inscrit à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le compte-rendu de l'entretien indique qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture de l'Isère. En l'absence de tout élément de preuve contraire, cette mention suffit à regarder cet agent comme ayant eu la qualité de " personne qualifiée en vertu du droit national " au sens des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'entretien n'aurait pas été mené dans des conditions ne respectant pas sa confidentialité. Si les dispositions de l'article 5 du règlement prévoient que le demandeur ou, le cas échéant, son conseil juridique ou un autre conseiller ait accès en temps utile au résumé de l'entretien, elles n'imposent aucunement qu'une copie de ce résumé lui soit spontanément remise par l'administration, ni qu'une information lui soit donnée sur son droit à consultation de ce document. Par suite, l'intéressée n'a été privée d'aucune des garanties prévues par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

11. Il ressort des pièces versées au dossier par le préfet que la requérante a bénéficié des documents d'information mentionné à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013.

12. Les conditions de notification d'un acte sont sans incidence sur sa légalité.

13. Les dispositions du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 prévoient une clause discrétionnaire autorisant un État qui n'est pas responsable de l'examen d'une demande d'asile en application des critères posés par ce texte, à procéder néanmoins à cet examen, sans toutefois que cette possibilité offerte aux autorités nationales constitue un droit pour les demandeurs d'asile. L'attestation en date du 22 août 2022 produite au dossier, émanant de la cousine de la requérante, peu détaillée, ne constitue pas à elle seule une circonstance permettant de considérer que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles de son conseil tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Huard, et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2022.

La magistrate désignée,

D. ALa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205190

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