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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205202

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205202

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 août et le 10 octobre 2022, M. A représenté par Me Aldeguer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de sa situation professionnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'erreur de droit alors que seule une procédure de réadmission vers l'Italie aurait pu être engagée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022 le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Morel, rapporteur,

- et les observations de Me Aldeguer, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M.A, ressortissant tunisien né en septembre 1967, déclare être entré en France en septembre 2017 sous couvert d'un titre de séjour longue durée délivré par l'Italie. Il a demandé le 23 juin 2020 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale ou en qualité de salarié ou enfin une régularisation au regard de motifs exceptionnels. Par l'arrêté contesté du 24 juin 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour

2. A supposer qu'en indiquant qu'il exerce une activité salariée M. A a entendu se prévaloir de la méconnaissance de l'accord franco-tunisien et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au titre de séjour portant la mention " salarié ", il ne conteste pas le refus opposé par le préfet au motif que la délivrance de celui-ci est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1.

3. Si M. A soutient qu'il exerce une activité salariée en France et qu'il y a l'ensemble de sa famille, il n'établit pas la continuité de son séjour depuis septembre 2017. En outre M. A n'a pas tissé sur le territoire national des liens stables et anciens. S'il occupe un emploi en tant que maçon dans la société Alpes Renov il ne démontre pas l'impossibilité de se réinsérer professionnellement hors de France. Enfin M. A n'a aucune attache particulière en France hormis ses trois enfants et son épouse qui se trouve dans la même situation administrative que lui. Il n'y a donc pas d'obstacle ce que sa cellule familiale se reconstitue soit en Tunisie pays dont il a la nationalité et où il n'est pas dénué de liens dans la mesure où y résident ses parents, ses quatre frères et ses deux sœurs, soit en Italie où il dispose d'un titre de séjour illimité. Dans ces conditions, le refus de titre ne méconnaît ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet n'a, pour les mêmes motifs, pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

4. Il en résulte que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

6. Il ressort des dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-2, d'une part, et des articles L. 621-1 et suivants, d'autre part, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 ou des deuxième à quatrième alinéas de l'article L. 621-4 à 6, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en édictant une obligation de quitter le territoire alors que l'intéressé bénéficie d'un titre de séjour italien doit être écarté.

7. Dans les circonstances énoncées au point 3, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire porterait une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ou serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. L'ensemble de ses conclusions en annulation doit être rejeté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution et les conclusions en injonction seront rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative :

10. Partie perdante, M. A ne peut prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Morel, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le rapporteur,

S. MOREL

La présidente,

A. TRIOLET

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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